Le Manifeste

Le journal et les débats

Seul le journal et les articles signés « URC », reflètent l’avis de l’URC. Sinon les articles proposés sur ce site sont destinés à élargir notre champ de réflexion. Cela ne signifie donc pas forcément que nous approuvions la vision développée par les auteurs. L’utilisation des commentaires en fin d’article, permet à chacune et chacun de s’exprimer et de nourrir le débat démocratique.

Accueil |  Qui sommes-nous ? |  Rubriques |  Thèmes |  Cercle Manouchian : Université populaire |  Films |  Adhésion

Accueil > Voir aussi > La vague de suicides de cheminots se poursuit. Une grève à venir ?

La vague de suicides de cheminots se poursuit. Une grève à venir ?

mardi 28 avril 2026 par William

Onze cheminots se sont donné la mort depuis le début de l’année 2026 au sein du groupe SNCF – vague de suicides que nous avions déjà traitée dans Jeunesse du Monde. Face à cette succession de drames, les quatre organisations représentatives (CGT-Cheminots, SUD-Rail, Unsa et CFDT) menacent d’une « grève massive » au mois de juin. Mais derrière cette menace, plusieurs questions demeurent : le mouvement aura-t-il lieu ? Et surtout, parviendra-t-il à mobiliser durablement des cheminots lassés par les échecs successifs des stratégies des directions syndicales, et dont les conditions de travail se sont dégradées et les repères collectifs mis à mal ?

Le 21 avril, les syndicats ont rencontré la direction de la SNCF. Les propositions de l’entreprise sont sans surprise très largement insuffisantes. Les organisations syndicales réclament des mesures concrètes sur les salaires, un moratoire sur les réorganisations, et une reconnaissance du lien entre souffrance au travail et suicides. De son côté, la direction refuse d’établir un lien direct avec l’organisation du travail, avançant des causes multifactorielles, et se contente de mettre en place des cellules psychologiques pour répondre aux suicides.

Depuis des mois, la CGT et Sud-Rail dénoncent un harcèlement institutionnel et une violence managériale. Sud-Rail évoque une augmentation de 15,9 % des accidents du travail en 2025. Par ailleurs, la fin progressive du statut de cheminot et l’ouverture à la concurrence sont mis en avant comme des facteurs de perte de repères et de pression accrue sur les agents. Nous avions développé notre analyse sur ce point, pointant du doigt l’absence, du côté des syndicats, de mise en relation entre cette problématique de l’ouverture à la concurrence et les traités européens, un lien qui pourtant est direct.

Nous disions alors :

  • « Si cette lettre fait très bien le lien avec la politique d’ouverture à la concurrence, elle s’arrête néanmoins à mi-chemin. En effet, si nous allons jusqu’au fond des choses, il est nécessaire d’expliquer que ces politiques émanent directement de l’Union européenne puisque ces politiques d’ouverture à la concurrence sont l’implication directe des traités européens. C’est en effet au nom de la « concurrence libre et non faussée » que l’UE impose au États membres, et en particulier à la France dont l’histoire a fait que le secteur public a une importance stratégique toute particulière pour la Nation (le programme du Conseil National de la Résistance), d’ouvrir les monopoles publics à la concurrence. »

Une menace de grève… mais pour quelle suite ?

Les syndicats parlent de « grève massive » en juin. Concrètement, cela signifierait un dépôt de préavis et probablement un mouvement reconductible, susceptible de perturber fortement le trafic.

Pourtant, dans les dépôts et les gares, l’enthousiasme n’est pas vraiment au rendez-vous. Les cheminots expriment souvent plutôt une lassitude. Beaucoup doutent de la capacité des syndicats à transformer cette colère en mouvement durable et efficace. Et on peut les comprendre : les directions syndicales persistent dans leurs méthodes inefficaces visant plus à nouer un « dialogue social » qu’à mener une lutte victorieuse, sans construction d’un réel rapport de forces en amont et sans stratégie claire pour mener à la victoire.

La rengaine n’est que trop bien connue : lettres ouvertes restées sans réponse, demandes de concertation, réunions suivies d’ultimatums, puis finalement des préavis de grève qui peinent à s’étendre ou à durer. Les récents appels à la grève ces dernières années ont souvent peiné à s’étendre au-delà de quelques journées, quand ce n’était pas seulement des appels à des grèves saute-mouton (ou « grèves perlées » comme on les appelle parfois à tort).

Et avec la multiplication des filiales et des contrats de droit privé, beaucoup hésitent à se mettre en grève, craignant des sanctions ou des pertes de revenus difficiles à assumer en l’absence de perspectives de victoire.

L’ultimatum syndical est en tout cas clair : si la direction ne revient pas avec des propositions « à la hauteur » d’ici fin mai, le préavis sera déposé. Reste à savoir si celui-ci sera suivi d’effets. Les prochaines semaines seront décisives. Car sans un changement de méthodes – et sans la volonté de construire un vrai blocage durable – cette menace risque de rester une énième annonce – au grand soulagement d’une direction qui ne cèdera pas sans y être contrainte.

Ce qu’il faut comprendre surtout est que ce dont nous avons besoin aujourd’hui plus que jamais, c’est d’un véritable syndicalisme de combat, dont la raison d’être ne serait pas de canaliser la colère mais de s’en servir comme d’un moteur mettant en mouvement les travailleurs et leur permettant de réapprendre le goût de la victoire.

Un syndicalisme capable de réfléchir et de mettre en oeuvre les stratégies efficaces pour unir les colères et de créer un mouvement de masse à même de bloquer l’économie pour faire cracher la direction.

Mais ce syndicalisme ne pourra pas se construire tout seul ni par une force extérieure. C’est aux travailleurs eux-mêmes de le construire, cela indépendamment et même contre les éléments corrompus des syndicats qu’il est nécessaire de démasquer et de dénoncer pour ce qu’ils sont : des traitres vendus au patronat.
Les travailleurs les plus nobles, les plus fiables, les plus dévoués à leurs collègues et à leur travail, c’est à eux de prendre les devants. Ils ne doivent pas avoir de scrupules face aux traitres de classe. La colère des collègues est là, c’est de leaders fiables capables de leur montrer la voie qu’ils manquent.

Mais n’ayons pas d’illusions non plus : la lutte syndicale seule ne permettra pas de mettre fin à la domination du capital. Bien qu’absolument nécessaire, elle doit être liée à la construction du parti. Car l’ensemble de la société est faite pour la bourgeoisie, parce que c’est elle qui la dirige. Il faut une force capable, non seulement de lui arracher des concessions, mais de contester sa domination politique.

En somme, un parti communiste capable d’analyser correctement la société sur la base des rapports de production et des rapports de forces qui s’y développent, d’établir à partir de cette analyse une stratégie cohérente, et de mobiliser la grande masse des travailleurs de notre pays pour s’attaquer à et à terme renverser la domination du capital et de ses institutions : non seulement l’État bourgeois national mais aussi et surtout – la mondialisation capitaliste ayant atteint un niveau tel que le pouvoir du capital est de plus en plus un pouvoir transnational asphyxié par le cadre national -, l’UE et l’OTAN.

Photo  : Manifestation à Montpellier contre la privatisation de la SNCF en 2018. ©Stéphane Ortega


Voir en ligne : https://jeunessedumonde.fr/2026/04/...

   

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.