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Aimer sans posséder : libérons-nous de l’amour capitaliste

samedi 14 février 2026 par Amélie Quentel

À discuter !(JP)

Nos relations amoureuses dites « exclusives » se conforment encore aux valeurs d’une société capitaliste et coloniale, étant fondées sur les notions de « propriété » et d’« accaparement » de l’être aimé, développent deux autrices dans des essais.

Les relations de couple monogame sont-elles ontologiquement « extractivistes », comme on le dirait par exemple des activités de la multinationale française TotalEnergies en Ouganda ou au Mozambique ?
Qui sait, ce débat à première vue curieux animera peut-être quelques dîners de Saint-Valentin le 14 février — du moins chez les personnes ayant lu Décoloniser les affects, un livre stimulant paru en avril 2025 aux éditions Anacaona.

Dans cet essai proposant des « expérimentations sur d’autres façons d’aimer », l’activiste autochtone guarani Geni Nuñez développe une thèse aussi forte que passionnante : la prééminence des relations amoureuses dites « exclusives » dans les sociétés occidentales serait paradigmatique d’un certain rapport au monde et à la terre.
Un rapport in fine anti-écologique et impérialiste, fondé sur les notions délétères de « propriété » et d’« accaparement » de l’être aimé et qui, instauré de force au Brésil (son pays) et ailleurs par la colonisation, aurait au passage étiolé le lien unissant les humains aux non-humains.

  • « L’amour romantique promet que tout sera fourni par une seule personne — le “sens de la vie”, ou la seule source à laquelle tout demander. Tout comme la terre, qui devient stérile lorsqu’elle est abusivement exploitée, l’amour se dessèche aussi lorsqu’on lui enlève toutes ses gouttes », écrit ainsi la psychologue.

Elle rappelle ainsi que « nous avons besoin d’air, d’eau, de terre, de nourriture ; nous avons en permanence besoin les un·es des autres. Notre interdépendance et notre soin circulaire font la santé de la vie ». Les relations monogames, qui elles renvoient au « soin unilatéral » et a fortiori annihilent toute idée de redistribution collective, favoriseraient au contraire un rapport distant et détaché au monde et aux écosystèmes qui le composent.

« Nos modèles et comportements intimes se conforment encore aux valeurs d’une société capitaliste, productiviste et anti-écologique »

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