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Les exportations agricoles israéliennes menacées d’« effondrement » alors que le monde boycotte les produits en raison du génocide à Gaza
mercredi 21 janvier 2026 par Jonathan Ofir
Les agriculteurs israéliens avertissent que le secteur agricole du pays est menacé d’« effondrement » en raison de la condamnation internationale du génocide à Gaza. Des rapports récents montrent l’impact du boycott d’Israël et expliquent pourquoi la « marque » israélienne pourrait ne jamais s’en remettre.
Au cours des derniers mois, la télévision publique israélienne a diffusé plusieurs reportages sur les énormes difficultés rencontrées par Israël pour exporter ses fruits, en particulier vers les marchés européens.
Diffusés par Kan 11, ces reportages font état de ce que les producteurs eux-mêmes décrivent comme un « effondrement » imminent, témoignant malgré eux de l’importance du boycott international continu d’Israël.
Aujourd’hui, Israël se trouve aux côtés de la Russie dans « l’alliance des boycottés », selon un reportage de la télévision publique. Il est difficile d’identifier un seul facteur responsable de cet état d’isolement, mais l’Europe joue un rôle important dans cette histoire.
« Ils ne veulent pas de nos mangues », déclare un producteur de mangues à Kan 11 dans l’un des reportages. « En Europe, ils ne nous parlent que s’ils ont besoin de quelque chose. C’est seulement dans ce cas qu’ils achètent nos produits. S’ils ont une alternative, ils nous évitent. »
Un autre élément de l’histoire concerne les Houthis yéménites (officiellement appelés Ansar Allah). Même après l’accord de mai avec les Américains, ils continuent de bloquer la mer Rouge et de cibler Israël. Cela oblige les compagnies de transport maritime à utiliser des itinéraires plus longs et plus onéreux. Le marché asiatique en subit également les conséquences.
Cependant, malgré l’absence d’un facteur unique et clair, le génocide perpétré par Israël à Gaza reste une raison commune évidente qui relie les différents éléments. Les Israélien.nes nient et déclarent simultanément leur soutien à ce génocide, comme le montre un sondage réalisé l’année dernière, selon lequel une grande majorité d’Israélien.nes pensent qu’il n’y a « aucun innocent à Gaza ».
En raison de l’arrogance nationale des Israélien.nes – et de leur sentiment d’avoir le droit de commettre un génocide sous prétexte de « légitime défense » – la première victime de la crise des exportations est l’ego collectif israélien. On voit des agriculteurs pleurer dans le reportage, et la sympathie nationale va naturellement aux producteurs d’agrumes et de mangues – même si l’un d’entre eux, un général à la retraite, dit à tout le monde qu’il en a « fini » avec les Palestinien.nes.
En d’autres termes, la réaction israélienne contre le boycott mondial ajoute implicitement à la haine des Palestinien.nes, méprisant ceux qui ne soutiennent pas Israël.
Mais au fond, ce qui prend un coup en Israël, ce n’est pas l’économie en tant que telle — c’est l’image du pays, et les dégâts pourraient être irréversibles.
Ironiquement, la meilleure représentation de cette marque sont les « oranges de Jaffa », qui ont pratiquement disparu du marché international, une marque qui, en soi, est une représentation de l’expropriation coloniale israélienne de la culture palestinienne.
Examinons deux articles de presse importants, l’un sur les agrumes et l’autre sur les mangues, qui constituent les deux principales exportations agricoles israéliennes.
« Où sont les oranges ? »
Le premier reportage de Kan 11, diffusé fin novembre 2025 et intitulé « Fin de la saison des oranges » – en référence à une chanson israélienne populaire – se concentre sur les vergers d’agrumes du kibboutz Givat Haim Ichud. Par coïncidence, il s’agit du village (kibboutz) où je suis né et où j’ai grandi.
Le verger est situé juste à côté de l’endroit où l’on trouve encore des cactus provenant du village de Khirbet al-Manshiyya, victime d’un nettoyage ethnique. Le producteur du verger du kibboutz, Nitzan Weisberg, explique que tous les vergers risquent d’être déracinés en raison du manque de commandes à l’exportation.
Weisberg a commencé à gérer les plantations du kibboutz il y a deux ans et avait initialement abattu la moitié des vergers d’agrumes afin de rendre le secteur à nouveau rentable.
Mais les commandes en provenance d’Europe ont alors commencé à être annulées, et aujourd’hui, il ne parvient même plus à vendre les produits du demi-verger qui reste. « Les fruits israéliens, malgré leur grande qualité, sont moins prisés en Europe pour le moment », explique-t-il. « Nous fonctionnons en fait à perte depuis la guerre [à Gaza]. »
Si la situation empire, M. Weisberg estime que cela conduira à un « effondrement ».
La visite se poursuit de l’autre côté de la route, dans les vergers du kibboutz Ein Hahoresh, où est né l’historien israélien Benny Morris. Là, Gal Alon, un agriculteur de troisième génération spécialisé dans les agrumes, explique comment sa famille a décidé de ne plus exporter du tout depuis le début de la guerre. L’exportation est « un milieu très difficile et agressif », dit-il, il a donc décidé de se concentrer uniquement sur les marchés locaux.
L’équipe de tournage se rend ensuite à deux kilomètres à l’ouest, à Hibat Zion, un moshav (colonie agricole) où l’agriculteur Ronen Alfasi négocie le prix des pamplemousses avec un négociant qui souhaite les vendre sur les marchés de Gaza.
Alfasi explique que les produits emballés seront trop chers pour eux, même si ses entrepôts et ses chambres froides sont pleins. Il montre que les fruits sur les arbres ont dépassé leur taille maximale et ne pourront plus être vendus comme fruits, et encore moins exportés. Ils devront être vendus localement pour être transformés en jus.
Le rapport note également que pratiquement aucune orange n’est produite. Il y en a quelques-unes, mais uniquement pour les marchés locaux. La marque « Jaffa orange » appartient désormais au passé, mais elle a été rendue célèbre dans le monde entier par les agriculteur.rices palestinien.nes au milieu du XIXe siècle.
Elle tire son nom de la ville portuaire de Jaffa, une ville qui a été presque entièrement soumise à un nettoyage ethnique par les milices sionistes en 1948. Israël s’est ensuite approprié la marque, dans le cadre de la même appropriation culturelle qui considère le houmous et le falafel comme israéliens.
« Avant la guerre, nous exportions certaines [oranges] vers la Scandinavie », explique Daniel Klusky, secrétaire général de l’Organisation israélienne des producteurs d’agrumes. « Mais après la guerre, nous n’avons même pas exporté un seul conteneur. »
« Alliance des boycottés »
Ronen Alfasi explique que la plupart des récoltes de son secteur étaient auparavant exportées vers les pays asiatiques, mais mentionne le « problème logistique avec les Houthis » comme raison pour laquelle « toutes les lignes logistiques ont changé ». Des itinéraires plus longs et plus coûteux ont été recherchés, explique M. Alfasi, les conteneurs arrivant avec 90 à 100 jours de retard. « Et ils arrivaient avec d’importants problèmes de qualité », décrit-il.
Le seul marché restant, selon M. Alfasi, est la Russie. Même s’il perd de l’argent en tant que producteur d’agrumes, il exporte vers la Russie uniquement pour couvrir les frais d’entreposage.
À un moment donné, l’interviewer pose une question délicate : « Peut-on dire que la Russie est le seul marché qui nous adresse encore la parole ? »
« Ils nous parlent encore », répond Alfasi, « mais en Europe, c’est moins le cas… Ils ne nous parlent que s’ils ont besoin de quelque chose. S’ils ont une alternative, ils évitent de nous acheter quoi que ce soit. »
« Et a-t-on dit explicitement que c’était à cause de… la situation nationale d’Israël ? », demande l’interviewer de manière plus directe.
« Oui », répond clairement Alfasi.
« Les Européens ne tiennent donc pas compte de nous, et les Asiatiques sont bloqués. Au moins, les Russes continuent d’acheter certains de nos produits — l’alliance des boycottés », conclut l’interviewé.
Des mangues pourries
Le tableau était similaire dans un autre reportage de Kan datant de fin août 2025 sur la récolte des mangues dans le nord. On y voit un général à la retraite et ancien porte-parole militaire, Moti Almoz, aujourd’hui producteur de mangues. On le voit hurler des ordres aux employés en utilisant un jargon militaire.
Les fruits semblent de bonne qualité, mais la saison est néanmoins « l’une des plus difficiles que les producteurs de mangues aient connues en Israël », décrit le narrateur.
« Ils parlent d’un véritable effondrement. »
Almoz affirme que ce n’est pas parce que la production est mauvaise — il a eu « une récolte incroyable » cette saison, soutient-il — mais plutôt parce que « 25 % des fruits sont tombés au sol ».
« Pourquoi ne les avez-vous pas ramassés ? », demande l’interviewer.
« Parce que je ne pouvais rien en faire. Une fois que le réfrigérateur est plein et que les marchands ont pris ce qu’ils avaient commandé… Les Israélien.nes ont aussi besoin de manger de la viande, du pain et du fromage. Ils ne peuvent pas se contenter de manger des mangues. »
De nombreux marchés fermiers destinés aux producteurs de mangues ont été fermés cette année, selon le reportage, et Almoz note qu’il perd des centaines de milliers de shekels, tandis que les grandes exploitations perdent des millions.
Dodi Matalon, agriculteur dans les vergers de mangues communs des kibboutzim de Moran et Lotem, explique que cette année, ils n’envoient même pas les fruits aux entrepôts, car cela ne serait pas rentable. À la place, les gens viennent avec leur propre voiture et achètent des caisses directement au verger. « J’espère que cela nous aidera à rester à flot », commente Matalon. « Mais cela ne nous sauvera pas vraiment. »
Sur 1 200 tonnes de fruits, 700 resteront sur les arbres, tomberont au sol et pourriront.
« C’est une crise comme nous n’en avons jamais connue », explique Matalon.
Vient ensuite le commentaire du narrateur. Comme l’autre reportage, celui-ci fait également allusion au génocide. « Cette crise est le résultat d’une combinaison de plusieurs facteurs qui se sont tous produits simultanément, et la plupart sont liés à la guerre », explique le narrateur.
« Gaza, qui détenait 15 % du marché, s’est complètement fermée. Les Palestinien.nes de Cisjordanie achètent également beaucoup moins. Mais le coup le plus dur est venu de l’étranger : 30 % des mangues israéliennes sont destinées à l’exportation, en particulier vers l’Europe, mais cette année, les ports ont commencé à refuser les produits israéliens. »
« En raison de la guerre à Gaza, ils réduisent leurs achats auprès d’Israël », explique Almoz. « Ils ne veulent pas de nos mangues. »
Matalon explique qu’en Europe, il existe « de petits panneaux indiquant la provenance des produits », et note que « nous pouvons constater que cela a un effet ».
Il estime que la détérioration de l’état de l’agriculture d’exportation israélienne nécessite une intervention gouvernementale si l’on veut sauver le secteur, sinon, prévient-il, « nous nous retrouverons tout simplement sans agriculture d’exportation ».
Mieux vaut faire faillite que de vendre aux Gazaouis.es
Le narrateur explique qu’Almoz est un vieux membre du Parti travailliste, un « faucon de la sécurité » qui est devenu encore plus belliciste depuis le 7 octobre. La position dominante de ce type de personnes a été exprimée clairement par le chef du mouvement kibboutz, Nir Meir, en mars 2024 : « Beaucoup de kibboutzniks qui ont vécu le 7 octobre ne supportent plus d’entendre l’arabe et veulent voir Gaza rayée de la carte. »
Almoz fait écho à ces sentiments, affirmant qu’après le 7 octobre, « nous devons tout repenser, absolument tout. J’étais de ceux qui disaient que plus il y aurait de travailleurs [palestinien.nes] en Israël, moins il y aurait de terrorisme. »
« Aviez-vous tort ? », lui demande-t-on.
« Bien sûr, que voulez-vous dire ? J’en ai fini avec eux », répond-il avec emphase. « Vous parlez à quelqu’un qui en a fini avec eux. Tout ce que vous pouvez me dire, c’est que les choses peuvent changer… Ce sont des contes de fées… »
En fait, Almoz dit qu’il ne vendra pas à Gaza, même si cela lui rapporte de l’argent. « S’il y a une chance que je perde de l’argent parce que ces [mangues] deviennent un intérêt pour le Hamas, alors je préfère perdre de l’argent. »
Dans le reportage, Matalon versait de vraies larmes. Mais l’autosatisfaction morale ambiante en Israël lui permet, comme à d’autres, d’éviter pour le moment de reconnaître que le génocide a un coût.
Voilà les fruits amers du génocide.
Traduction : LD pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss
Voir en ligne : https://agencemediapalestine.fr/blo...

