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« Agriculture en crise, natalité en berne... La France ne sait plus produire ni se reproduire »

lundi 19 janvier 2026 par Jean-Pierre Robin

Deux signes pertinents qui démontrent, si besoin en est, de la décrépitude de notre pays sous le règne de Macron et du capitalisme mondialisé.(JP)

L’année 2025 a été marquée par un curieux télescopage entre le déficit démographique et le déficit agroalimentaire. Comment expliquer ces statistiques.

Les Françaises et les Français souffriraient-ils de carences nutritionnelles au point de ne plus faire de bébés ?
L’année 2025 a été marquée par un curieux télescopage entre le déficit démographique et le déficit agroalimentaire.

D’un côté, les femmes n’ont jamais aussi peu enfanté. « L’indicateur conjoncturel de fécondité (les naissances rapportées au nombre de femmes en âge de procréer, NDLR) s’est établi à 1,56 enfant par femme en 2025  ; c’est le niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale (1918) », insiste l’Insee dans son bilan démographique annuel publié la semaine dernière.
Soucieux de ne pas stigmatiser un sexe plutôt que l’autre, l’Institut national de la statistique et des études économiques a tenu à dévoiler l’indice de fécondité des hommes (également de 1,56), lequel était traditionnellement occulté quand bien même les démographes l’ont toujours calculé !

Par ailleurs, le 6 février prochain, la Direction des douanes devrait confirmer un autre record tout aussi dépressif : le commerce extérieur de la filière agroalimentaire a été déficitaire l’an dernier pour la première fois en près d’un demi-siècle (depuis 1978 précisément).
La France peine manifestement à produire, pour se nourrir, et à se reproduire. Le pays semble souffrir d’une sorte d’asthénie généralisée, qui affecte tout autant les activités professionnelles que les vies privées, les projets personnels et le budget de l’État toujours en rade…

« Le Mercosur est devenu le bouc émissaire des problèmes de compétitivité de l’agriculture française, qui se jouent essentiellement à l’intérieur de l’Union européenne », analyse Jean-Luc Demarty, ancien directeur du commerce extérieur à la Commission européenne.

  • « Entre 2010 et 2024, le revenu agricole n’a progressé que de 17 % en France, contre 77 % en moyenne européenne, 170 % en Italie, 86 % en Pologne et 79 % en Espagne. C’est un véritable désastre symbolisé par le passage de la France de deuxième exportateur agricole mondial en 2000 au sixième rang aujourd’hui », déplore Demarty. Et, ajoute-t-il, « cette situation est imputable à la politique agricole et économique nationale, du Grenelle de l’environnement de Nicolas Sarkozy à l’agroécologie de François Hollande, poursuivie souvent en pire par Emmanuel Macron. »

Il n’est de richesse que d’hommes, dit-on. Longtemps la Ve République a pu se prévaloir du dynamisme de sa population. « Progrès démographique : la France moderne pourrait compter 100 millions d’habitants. Combien seront donc bienvenus les bébés qui naîtront chez nous en 1963 ! », s’était exclamé le général de Gaulle lors de ses vœux de la Saint-Sylvestre.
Ils furent très exactement 868 876 à voir le jour cette année-là, pratiquement à l’acmé du baby-boom de l’après-guerre. À comparer aux 645 000 naissances (France entière) enregistrées en 2025, lesquelles ont été inférieures aux décès de l’année (651 000), ce qui ne s’était jamais vu depuis 1945.

Notre pays n’est certes pas le seul dans l’Union européenne à entrer dans un « hiver démographique ». Et il s’en tire plutôt moins mal que le reste de l’UE, dont l’indice de fécondité est tombé à 1,40 en moyenne ; seule la Bulgarie a un ICF plus élevé que le nôtre, l’Espagne enregistrant le plus mauvais score (1,12). Le basculement n’en est pas moins violent : en 2010, la France métropolitaine assurait encore le renouvellement de ses générations, avec un taux de fécondité de 2,02.
Le nombre des naissances a chuté d’un quart en quinze ans.

Un moindre désir d’enfant ?

Alors que « plus des deux tiers de la population mondiale vivent dans un pays où la fécondité se situe sous le seuil de renouvellement des générations », selon le rapport 2025 des Nations unies, la France se distingue aujourd’hui par l’extrême diversité que manifestent ses 101 départements.

La gamme des taux de fécondité s’échelonne de 1,25 à Paris jusqu’à 4,49 pour le département de Mayotte, suivi de la Guyane (3,32) et de La Réunion (2,28). L’hétérogénéité est grande au sein même de l’Hexagone.
La Haute-Corse (1,25) et la Meurthe-et-Moselle (1,31) contrastent avec les quatre départements les plus « féconds » que sont le Val-d’Oise (2,11), la Seine-Saint-Denis (2,04), l’Essonne (2,02) et la Mayenne (1,95).

Par sa population, « la France rassemble une grande partie du monde », a ainsi observé le sociologue Julien Damon. Il fait correspondre à chacun de nos départements un pays de la planète : Paris a le même taux de fécondité que le Japon et l’Italie en moyenne ; Mayotte est comme le Mozambique, et l’Essonne ressemble à l’Inde ou à l’Équateur, etc.

Cette diversité, qui s’explique en partie par les flux d’immigration légale ou pas (à Mayotte entre autres), éclaire les mécanismes socio-économiques plus profonds qui sont à l’œuvre.

Que la natalité résiste mieux dans les zones rurales que dans les métropoles urbaines, pourtant bien plus prospères économiquement, ne saurait surprendre. C’est classique.

  • « Les pays d’Asie de l’Est où le développement a été le plus rapide sont ceux où la fécondité a le plus chuté, tombant à un peu plus d’un enfant par femme. On renonce d’autant plus à enfanter que le “child penalty” (pénalité de l’enfant) est élevé : on estime à 30 % en France le handicap salarial de la maternité sur l’ensemble d’une carrière et c’est beaucoup plus en Asie », explique Pauline Rossi, professeur à l’École polytechnique, dont vient de paraître le livre (Le Déclin démographique, une urgence économique ?, PUF).

À quoi s’ajoutent d’autres contraintes financières, principalement l’immobilier : compter 100 000 euros pour une chambre de 9 m2 à Paris, et 60 000 à Lyon ou à Bordeaux. Au-delà de ces coûts, faut-il incriminer une « baisse du désir d’enfant » pour des raisons sociétales ou autres ?

« Le nombre total d’enfants souhaité par les femmes est passé en moyenne de 2,5 à 1,9 enfant en vingt ans », affirme l’Ined (Institut national d’études démographiques), qui a sondé les reins et les cœurs.

« Les pères de famille, ces grands aventuriers du monde moderne », écrivait en 1910 Charles Péguy.
« Les aventuriers sont ceux qui ne sont pas assurés du pain quotidien », précisait-il.


Voir en ligne : https://www.lefigaro.fr/conjoncture...

   

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