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Pourquoi il faut davantage taxer les riches, en 5 graphiques
samedi 10 janvier 2026 par Christian Chavagneux
Les polémiques sur la taxe Zucman en viennent à occulter le fond du problème : le rythme de progression des revenus et du patrimoine des plus riches n’a plus rien à voir avec celui du reste de la population.
La taxe Zucman continue de nourrir les passions en France. Signe que la mesure gagne en crédibilité politique, ses opposants commencent à donner sérieusement de la voix. Le Medef promet une manifestation de patrons (!), des experts et des chefs d’entreprise disent tout le mal qu’ils pensent de la mesure – rien de moins qu’un « piège mortel » –, pendant que les ultralibéraux signent même des tribunes au ton violent.
On finit par en oublier le fond du sujet : pourquoi ce débat sur la nécessité de mieux taxer les plus fortunés s’est-il imposé ?
Parce que le rythme de progression de leurs revenus et de leurs patrimoines n’a plus rien à voir avec celui du reste de la population. Les très aisés font de plus en plus sécession, tout en contribuant de moins en moins aux biens publics qu’ils utilisent pour établir leur fortune.
Commençons par les revenus.
C’est la Direction générale des finances publiques (DGFIP) de Bercy qui, en début d’année, a dressé le constat. Entre 2003 et 2022, le revenu moyen des 0,1 % les plus riches a augmenté de 119 %, nettement plus vite que celui du reste de la population (+ 46 %). Sur la même période, le taux d’imposition moyen de ces 0,1 % a baissé, passant de 29,3 % à 25,7 % (- 3,6 points). Alors qu’il est resté stable en moyenne (+ 0,2 point).
Les revenus des très riches s’envolent
Évolution des revenus des foyers français selon leur position dans la distribution des revenus, depuis 2003, base 100
Ces évolutions différentes des revenus au cours des vingt dernières années se sont produites dans un contexte structurel d’augmentation des inégalités patrimoniales.
Lorsque l’on remonte jusqu’à l’Ancien régime, la part du patrimoine détenue par les 1 % les plus riches est toujours restée très élevée. Mais elle a décliné depuis le début du XXe siècle pour connaître un point bas en 1984, à un peu moins de 16 % du patrimoine total.
Depuis, les plus aisés ont, continûment, concentré une part croissante des fortunes nationales pour en posséder à eux seuls plus du quart aujourd’hui. Dans le même temps, celle détenue par la moitié des Français et des Françaises les moins fortunés n’a cessé de diminuer pour atteindre moins de 5 % du total aujourd’hui.
Un patrimoine de plus en plus concentré chez les 1 % les plus riches
Part du patrimoine total détenu par les 1 % les plus riches, en France, en %
Passons ensuite à la progression du patrimoine des ultra-riches, celles et ceux qui constituent les 500 plus grosses fortunes du pays. La lecture des enquêtes régulières du magazine Challenges permet de s’en faire une idée assez précise. Entre 2000 et 2010, il a été multiplié par 1,3. Depuis, il a été multiplié par 5.
Aujourd’hui, pour entrer dans le classement, il faut disposer d’un patrimoine au moins égal à 245 millions d’euros quand, selon les données de l’Insee, le patrimoine brut moyen se situe aux alentours de 300 000 euros… Bienvenue chez la famille Hermès (163,4 milliards d’euros de patrimoine en juillet dernier), chez Bernard Arnault et les siens (116,7 milliards) et chez les héritiers Wertheimer (Chanel, 95 milliards) pour s’en tenir au trio de tête.
Un autre monde.
Le patrimoine des ultra-riches croît fortement
Patrimoine des 500 plus grandes fortunes françaises, en milliards d’euros
Tout cela justifie le débat politique actuel très vif autour de la taxe Zucman. Ses opposants font valoir que, s’ils sont taxés, les très riches partiront du fait de la spoliation inacceptable de leur fortune. Une note récente du Conseil d’analyse économique montre en fait que cette catégorie de contribuables est très peu mobile.
Tempérer les inégalités, sans les effacer
Surtout, il est possible de mesurer l’effet que pourrait avoir la taxe, par exemple en prenant la valeur du patrimoine des 500 plus grandes fortunes, ramenées au PIB, puis en regardant où elle se serait située si leurs propriétaires avaient dû payer la taxe Zucman tout au long des trente dernières années.
On obtient alors deux résultats intéressants. D’une part, les fortunes continuent à progresser et il faut une quinzaine d’années avant que l’effet cumulé de la taxe finisse puisse modérer cette croissance. D’autre part, l’écart de richesse s’avère ensuite plus important avec et sans la taxe, mais cette dernière n’empêche pas les fortunes de poursuivre leur évolution plus vite que le PIB.
La taxe Zucman tempère, à long terme, les inégalités. Elle ne les efface pas.
La taxe Zucman met longtemps à faire effet
Patrimoine des 500 plus grandes fortunes françaises sans et avec la taxe Zucman, en % du PIB
Enfin, un dernier point mérite attention. Le débat autour de la proposition Zucman porte en partie sur l’inclusion ou pas des biens professionnels dans l’assiette. Les détracteurs de la taxe répètent que les propriétaires de start-up valorisées à plus de 100 millions d’euros – le seuil au-delà duquel la taxe est perçue – seraient incapables de la payer, faute d’avoir réalisé des bénéfices.
Cela concerne en réalité une poignée de cas particuliers qui pourraient être traités à part.
Les biens professionnels sont concentrés entre les mains des très riches
Part des biens professionnels entre les mains des centiles les plus riches, en France en 2021, en % du total
Le problème n’est pas là. En revanche, sortir les « biens professionnels » (les holdings financiers en fait) de l’assiette des ultra-riches reviendrait à vider la mesure de sa substance. Les données de l’Insee soulignent combien l’inclusion des biens professionnels est nécessaire tant ils sont concentrés en France entre très peu de mains : les 1 % les plus riches en détiennent à eux seuls les deux tiers. Peu d’entre eux seraient touchés, car la taxe envisagée ne concerne que les 0,1 % les plus fortunés.
En résumé, la taxe Zucman ne représente pas qu’une recette budgétaire. Elle est aussi l’un des instruments qui permettrait à l’ensemble de la population française de faire société.
Voir en ligne : https://www.alternatives-economique...






