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De Sykes-Picot à Trump-Netanyahou : Soumission des Etats arabes et Résistance palestinienne
samedi 22 novembre 2025 par Rafik Lebjaoui – Algeria-Watch
On peut bien sûr discuter sur cet article mais les réactions des 14 organisations de la résistance palestinienne sont unanimes, de même que celles du Hezbollah et du Yemen résistant (Ansarullah).
Donc on a voté sur la Palestine sans demander l’avis des Palestiniens et donc sans respecter leur droit à l’autodétermination conformément à la Charte de l’ONU. On pourra dire qu’on a mentionné "l’Autorité palestinienne" qui n’a aucune autorité ni plus aucune légitimité selon tous les observateurs sérieux de la situation en Palestine.
Bien sûr, on peut penser que Chine, Russie, Algérie ont été soumises à des pressions énormes et il est donc difficile de porter un jugement moral à leur égard, mais cela n’empêche pas de constater que ces pays ont estimé que le rapport de force n’était pas en leur faveur. Et donc que le monde multipolaire n’est pas (encore ???) au RDV.
Seule une mobilisation des peuples pourra arracher des victoires car ils ne peuvent compter sur (presque) aucun Etat existant aujourd’hui. BD
Dans le calendrier chargé des renoncements au droit et de la soumission à la loi du plus fort, le 17 novembre 2025 figurera certainement en bonne place. L’histoire retiendra que ce jour est celui où les pays arabes et musulmans, à l’exception de l’Iran, ont approuvé une deuxième colonisation, américano-sioniste celle-là, de Gaza, en approuvant la résolution américaine au Conseil de sécurité (Algérie et Pakistan) ou en soutenant le plan de Trump pour Gaza.
L’accord des pays arabes et musulmans, sauf l’Iran, est documenté par une déclaration, rendue publique par les Américains, signée par les États-Unis, le Qatar, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Indonésie, le Pakistan, la Jordanie et la Turquie.
Le plan de Donald Trump (et de Netanyahou) prévoit une force internationale de 20 000 soldats sous la direction d’un Conseil de paix présidé par Donald Trump lui-même. Aucun détail n’est donné sur les prérogatives de cette force internationale ni sur celles du nébuleux Conseil de paix censé administrer la bande de Gaza.
Il est clair que la mission de cette force consiste à désarmer le Hamas et les autres factions de la résistance palestinienne. La résolution ne précise pas les règles d’engagement de cette troupe, selon quelles modalités et l’autorité à qui doit-elle rendre compte.
Il ressort cependant des formulations de cette résolution que cette force internationale devra mettre en œuvre un programme de désarmement et de démantèlement de la résistance à Gaza au profit d’Israël sans que les Palestiniens aient leur mot à dire.
La Pax americana dans le silence international
Ce 17 novembre 2025 a montré aussi les limites de la Chine et de la Russie, qui se sont abstenus sans gloire, démontrant ainsi que leur statut d’États de premier ordre sur l’échiquier mondial est plus potentiel qu’effectif. En effet, la perception du rôle transformatif de l’ordre international joué par la Chine et la Russie est très clairement remise en cause par leur commune abstention lors du vote de cette résolution.
Face à une crise majeure du droit international, plutôt que de rejeter un plan abusif fondé sur la négation du peuple palestinien, Moscou et Pékin, incapables de faire front et de tenir une ligne de principe, ont révélé la faiblesse réelle de leur posture devant un peuple victime de génocide, révélant en définitive la valeur incertaine de tous leurs engagements internationaux.
Aucun de ces deux pays n’a pu proposer une alternative, au minimum moins ouvertement colonialiste. Les deux principaux moteurs du BRICS ont laissé passer une infamie pour des contreparties ou des considérations qui restent indéfinies.
Pour les Palestiniens, l’affaire est entendue : ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Toutes les organisations politiques palestiniennes, du Front Populaire pour la Libération de la Palestine au Djihad islamique palestinien, ont rejeté la résolution américaine.
La déclaration de Mohammad Al-Hindi, secrétaire général adjoint du Djihad islamique palestinien, en réaction au vote de la résolution est sans ambiguïté :
- « Le soi-disant « Conseil de la paix » pourrait se transformer en une forme légalisée d’occupation tant que son mandat et son mécanisme de formation ne seront pas clairement définis. ». Ajoutant qu’« Il est inacceptable que la vision israélo-américaine soit imposée à notre peuple sous couvert de l’ONU. » et pour enfoncer le clou : « Nous ne pouvons accepter une force internationale à Gaza qui remplace l’occupation (sioniste). »
Les manœuvres impériales et l’acceptation de ce déni de droit par des pays autrefois capables de faire entendre leur voix n’empêchera certainement pas la poursuite par le peuple palestinien de son long combat libérateur.
L’étape historique actuelle est extrêmement difficile pour le peuple palestinien dans son héroïque et solitaire résistance à l’annihilation. Mais il est clair pour tous que nul ne peut réduire un peuple qui lutte pour la liberté et le droit.
Certes, le rapport de forces aujourd’hui est défavorable pour les forces de progrès en Palestine et dans le monde arabo-musulman dont la plupart des dirigeants ont abdiqué toute velléité d’indépendance. Pour complexe et brutale dans la disproportion des forces en présence, cette situation ne sera certainement pas éternelle.
Milliards de dollars et F35
Le lendemain de l’adoption du plan américano-sioniste par le Conseil de sécurité, le prince héritier Mohamed Ben Salmane était reçu en grande pompe à la Maison-Blanche. Le prince, à qui une courageuse journaliste de la chaîne ABC a rappelé son rôle dans l’assassinat du journaliste Kashoggi, a annoncé son intention d’investir aux Etats-Unis 1 000 milliards de dollars.
Le maître des lieux quant à lui a notamment promis des avions de combat de dernière génération.
Certains observateurs n’ont pas manqué de s’interroger à haute voix : À quoi serviront ces avions ? Seront-ils utilisés pour attaquer l’Iran, le Hamas ou le Hezbollah ? Dans le sillage peu glorieux de l’aviation saoudite qui a bombardé le pauvre Yémen pendant 10 ans.
Ce même jour, au lendemain du vote du Conseil de Sécurité, l’armée génocidaire israélienne a bombardé le camp de réfugiés palestiniens de Ain Al Heloué, dans le Sud Liban, faisant 13 morts et plusieurs blessés. Le message est limpide : Israël continuera son œuvre d’extermination des Palestiniens partout là où ils se trouvent dans l’impunité la plus totale.
Un partage renouvelé
Thomas Barrack, l’envoyé spécial de Donald Trump en Syrie et au Liban, a déclaré lors d’un de ses multiples voyages à Beyrouth que les accords de Sykes-Picot étaient désormais obsolètes. Cet émissaire spécial, également cité dans l’affaire Epstein, n’a pas précisé que ce partage colonial de l’Asie occidentale sera actualisé et remplacé par les accords Trump-Netanyahou.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
La résolution votée par le Conseil de sécurité de l’ONU le 17 novembre dernier est une étape de plus dans la mise en œuvre du nouveau partage du Moyen-Orient. Les anciennes capitales colonialistes sont remplacées dans leur suzeraineté par Washington et son symbiote, l’entité sioniste, reconnu comme la puissance régente de la région.
Devant la tragédie interminable subie par le peuple de Palestine et le spectacle d’un paroxysme génocidaire qui a exposé les dimensions terroristes de l’idéologie sioniste, l’histoire et les peuples retiendront que les dirigeants arabes ont été les complices du crime et les maitres d’œuvre de leur totale indignité.
Pour rappel
(JP)

