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Paysage brisé : Et si on parlait de la France ?
lundi 10 novembre 2025 par Francis Arzalier
Depuis maintenant des mois, les observateurs de ce qu’on appelait « Gauches et Droites françaises » il y a encore une décennie, qui se prennent trop souvent pour des analystes confirmés alors qu’ils ne sont qu’autodésignés, sont de plus en plus satisfaits de la fragmentation mouvante du paysage politique national.
Ceux d’entre eux qui peuplent les télévisions parce qu’ils sont d’obstinés défenseurs du Capitalisme Libéral, toutes allégeances partisanes confondues, ressassent avec obstination leur verdict, notamment après le piteux abandon du potentiel Premier Ministre Lecornu, puis son retour avant un nouveau départ annoncé.
« Ces « Politiques » sont coupables, qui ne peuvent se mettre d’accord quand la France l’exige ! Que n’ont-ils la « culture du compromis », comme à Berlin où gouvernent ensemble Socialistes, Centristes et Droite, ou comme à Londres, où les Travaillistes ont effacé leurs vielles utopies réformistes pour un pragmatisme prudent.
Cet argumentaire « Tous pourris », « anti-politicien », qui justifient un peu plus encore l’abstention massive de millions de prolétaires exploités, et qui incite des millions d’autres à rejoindre dans les sondages le discours raciste du RN ou de la Droite-Retailleau, nous conduit droit à l’abîme lors des prochaines échéances électorales proches, si on ne sait le juguler.
Fâcheusement, les observateurs-analystes, militants proches de notre camp, critiques sincères du Capitalisme et de son corollaire, l’Impérialisme, sont à tel points désarçonnés par l’état actuel de notre nation, qu’ils s’expriment plus volontiers sur les dévastations commises en Ukraine, ou au Moyen-Orient, que sur l’issue possible de celles des compagnons de Macron et leurs complices hexagonaux.
Il serait pourtant temps d’ouvrir les yeux des citoyens français sur les dangers mortels qui guettent notre pays, et de ne plus fuir nos responsabilités en la matière.
Réalités contradictoires d’une France éclatée
Certes, l’état de la France actuelle est complexe et en décrépitude : l’économie industrielle, qui faisait sa force économique et sociale, a été délabrée par les délocalisations programmées par notre Bourgeoisie possédante. Nous n’avons pas attendu que nos médias aux ordres nous informent de la « fébrilité des Marchés » (dans leur esprit, les représentants qualifiés de la Bourgeoisie possédante), qui ont créé ce « gouffre de la Dette » supposée les affoler, pour constater ce déclin historique de la Nation française.
Quant au tourbillon politique actuel, parfois proche du chaos, nous dit-on, (4 gouvernements illégitimes successifs !), il peut se résumer aux soubresauts (d’agonie ?) du système proto-monarchique d’une 5éme République, démunie aujourd’hui du soutien populaire qui assura le pouvoir des héritiers de la Droite Gaulliste durant un demi-siècle.
Un minimum de lucidité amène à cibler les 4 dimensions majeures de la crise politique française actuelle :
1/ des dirigeants discrédités
Celui essentiel est d’abord le contât fait par tous les sondages sérieux d’opinion depuis de nombreux mois, de l’impopularité inégalée depuis 1958 des dirigeants Macroniens actuels (environ 10 pour cent les approuvent aujourd’hui !) et de leurs choix politiques, qui ont abouti à la destruction programmée des services publics, des conquêtes sociales du XXème siècle, et au gonflement quotidien de la pauvreté.
Mais ce discrédit massif d’une politique que s’obstinent à perpétuer les successifs gouvernements (peu importe le nom du titulaire à Matignon, Barnier, Bayrou ou Lecornu !) ne fraie pas directement la voie à une rupture politique en faveur de ceux qui n’ont pour vivre en France que leur travail, manuel et intellectuel, c’est à dire la majorité des citoyens.
Ce mécontentement populaire massif ne débouche pas en lui-même actuellement sur une solution politique qui soit une rupture réelle avec les orientations précédentes, une grande partie des citoyens se dispersant entre l’abstentionnisme et la quête raciste de boucs émissaires. En revanche, les militants porteurs de cette rupture nécessaire sont bien obligés de constater que les solutions qu’ils proposent, et leurs mots d’ordre de luttes n’ont qu’un écho trop limité.
2/ des luttes populaires nécessaires mais insuffisantes
Ce verdict ne diminue en rien la validité des luttes à l’initiative des syndicats ou d’autres organisations. Mais il est évident à l’issue des mouvements à l’appel unitaire des 10 et 18 septembre, qu’Ils ont certes entraîné des grèves nombreuses, notamment dans un secteur public affaibli ces dernières années.
Mais les manifestations de rues du 18 étaient bien inférieures en nombre à celles du 10. Et l’appel aux salariés pour refaire un troisième round en octobre, sans possibilité véritable de blocage total et renouvelable de l’économie nationale, ne permet guère d’envisager une rupture majeure d’orientation politique, qui exige l’entrée en scène des organisations politiques et non seulement des syndicats.
On peut s’interroger sur le caractère timoré des mots d’ordre en la matière de directions syndicales « européistes » comme la CFDT, ou même de la direction confédérale de la CGT. Sans toutefois négliger qu’un mot d’ordre ne réussit que s’il reflète la volonté des travailleurs, soumis au matraquage des médias de grande écoute, manipulant les faits d’actualité pour répandre l’apolitisme et le racisme diviseur.
C’est ce « bourrage de crâne » inédit dans l’histoire de France, qui explique les scores élevés dans les sondages pré-électoraux des partis des Droites, RN et Républicains.
La solution pourrait-elle venir des partis de Gauche ?
3/ une gauche morcelée, donc impuissante ?
Depuis la fausse démission du dernier Premier ministre de Macron Lecornu, nos maîtres à penser des télévisions ne cessent de gloser sur « une Gauche impuissante parce que divisée en fractions irréconciliables », tiraillée entre les Socialistes de Faure et de Gluksman, et « l’extrême-gauche radicale » LFI.
Et il est certes vrai que « la Gauche française » est diverse idéologiquement depuis plus d’un siècle. Depuis le Congrès de Tours en 1920, elle comprend à la fois les organisations révolutionnaires, anticapitalistes et anti-impérialistes, qu’ont incarnés au XXème siècle le PCF et le Syndicar CGT qui en était proche, et les organisations réformistes, comme les successifs partis Socialistes et divers syndicats comme FO, la CFDT actuelle, autrefois CFTC, prônant des aménagements du Capitalisme et de l’Impérialisme, sans aller jusqu’à la rupture.
Cette dichotomie n’est pas nouvelle, elle n’a pas empêché le rapprochement périodique et temporaires des deux familles de la Gauche, quand le contexte socio-économique et politique le permettait, en 1936 ou 1945.
Ce n’est pas « la division de la Gauche » qui génère la crise actuelle, mais l’effondrement progressif depuis la décennie 1970 des organisations anticapitalistes et anti-impérialistes.
Les causes en sont multiples et conjointes :
/ La disparition vers 1990, après une longue décrépitude, du » Camp socialiste » et de l’URSS, qui avait très longtemps (trop ?) incarné les espoirs révolutionnaires pour les travailleurs du monde.
/ À partir de la décennie 70, la destruction d’une grande partie des sites industriels français, et des grandes implantations ouvrières qui étaient le vivier des luttes sociales et politiques, par le jeu des délocalisations organisées par la Bourgeoisie possédante.
/ À partir de la même décennie, le discrédit progressif des organisations d’inspiration marxiste et de luttes (PCF, CGT, Mvt de la Paix, etc.) dans le cadre des épisodes successifs « d’Union de la Gauche » qui se sont conclus par des privatisations et des reculs sociaux majeurs.
/ Parallèlement, à l’image du bureaucratisme-carriérisme qui gangrena l’URSS en fin de vie, une sclérose similaire à envahi progressivement les cadres-permanents et les adhérents du PCF, générant l’électoralisme plutôt que l’idéal de luttes de classes, et l’opportunisme droitier permettant de sauvegarder les postes au détriment des principes et de l’intérêt du prolétariat.
Des choix stratégiques entérinés en fin de 20éme siècle par ce que le PCF nomma la » Mutation », qui détruisit finalement ses capacités militantes et l’essentiel de son ancrage populaire.
Profitant de la progressive disparition du champ politique et médiatique français d’un PCF qui y avait longtemps incarné la mouvance révolutionnaire, l’espace organisationnel de la Gauche a été occupé par une variété de partis qu’on peut qualifier de réformistes au sens ancien du terme, puisqu’ils ne se fixent plus pour objectif le remplacement du Capitalisme par le Socialisme, mais son amélioration.
En quelque sorte, un Congrès de Tours inversé au 21éme siècle.
Cette mosaïque de Gauche réformiste inclut essentiellement trois partis ou mouvances politiques :
/ la France Insoumise est le produit d’une Constitution d’inspiration monarchique que par ailleurs elle dénonce. Elle s’est constituée en deux décennies en clientèle électorale d’un candidat présidentiel, plus qu’en rassemblement idéologique cohérent. Le radicalisme verbal que certains élus LFI ont pratiqué trop souvent faute d’expérience politique, a facilité la « diabolisation » par les médias de ce mouvement « d’extrême-gauche », qui l’accusent d’antisémitisme aussitôt que ce parti dénonce à juste titre le génocide organisé par Israël en Palestine : ce qui permet d’occulter, quelles que soient ses maladresses, que LFI s’honore de ses indignations quand trop d’autres responsables de Gauche acceptent sans réagir l’intolérable.
/ le parti écologiste, qui a eu ces dernières décennies la lourde responsabilité de justifier les délocalisations au nom du dogme irrationnel de la responsabilité de toute activité industrielle, a construit son audience sur la dénonciation du politique et la désintégration de la mouvance communiste. Elle a hérité de ce passé une grande diversité idéologique, qui va d’un anticapitalisme sincère au bellicisme affiché par certains dirigeants comme ce fut le cas pour Sandrine Rousseau.
/ le Parti socialiste, sévèrement étrillé à l’issue de décennies de ralliement aux politiques d’austérité sociale et de privatisations orchestrées par Mitterrand, Jospin ou Hollande, espère que le contexte politique chaotique actuel lui permettra de reprendre un essor, en tant que « Parti de Gouvernement, responsable et pro-Union Européenne ».
Cette ambition inspirée de la social-démocratie occidentale, est apparue clairement lors des récentes élections législatives, avec le ralliement du PS français au candidat Gluksman, de la formation Place Publique, soutien affirmé de la guerre antirusse en Ukraine et du Sionisme au Moyen-Orient. Et ce virage à Droite du PS de Faure est largement confirmé par son ralliement à la non-censure du gouvernement Lecornu bis….
4/ des communistes de France émiettés
Depuis le début des crises ministérielles d’une Cinquième République devenue ingouvernable, le flot des bavardages médiatiques est un défilé abondant de politiciens et de partis concurrents, mais la quasi-disparition des Communistes français ne peut manquer d’interroger ceux qui ont vécu les périodes précédentes : Volonté manifeste de précipiter la disparition de ceux qui furent des acteurs essentiels, certes, et c’est un choix politique de femmes et d’hommes de médias choisis pour cela. Mais aussi reflet d’une réalité organisationnelle et politique.
Le PCF, très réduit en nombre d’adhérents et en influence politique, ne parvient pas à émerger de la crise existentielle consécutive à sa « mutation », malgré les efforts impuissants de militants minoritaires, ceux par exemple du réseau « Faire Vivre le PCF ».
Bien sûr, cet affaiblissement claironné par des « informateurs » préposés à fabriquer le consensus libéral dans l’opinion, ne signifie pas que l’idéal communiste, d’égalité sociale, de libertés démocratiques et de pacifisme fraternel, né en partie en France il y a trois siècles, ait disparu des mentalités nationales. Mais il a été étouffé par la vague d’égoïsme libéral qui l’a submergé durant le dernier demi-siècle.
C’est bien pourquoi, depuis déjà 30 ans, des militants désespérés de constater l’effondrement de l’outil PCF, et jugeant sa régénération impossible de l’intérieur, ont donné naissance à un essaim de groupes ancrés sur les fondamentaux marxistes, Rouges Vifs, RC, ANC, PRCF, PCRF, Communistes Révolutionnaires, URC, etc. ; un fourmillement de groupes d’autant plus atteints parfois de « radicalisme verbal » que leur audience est limitée à quelques centaines de convaincus inaudibles, et qui ont la fâcheuse tendance d’ériger leurs différences légitimes en concurrences, voire en querelles d’égos.
Que faire en 2025 ?
Ce champ de ruines est d’autant plus désolant qu’il ouvre un boulevard ombragé aux organisations d’extrême-droite et racistes, comme le RN et ses alliés-concurrents de droite, qui annoncent déjà leur prise du pouvoir par les prochains scrutins. Et il est vrai que ce danger est évident, qui serait un recul historique pour les travailleurs français, une victoire séculaire de la Bourgeoisie possédante, le couronnement des destructions engagées des services publics et des conquêtes sociales, et plus encore du tissu national.
Sous-estimer ce danger serait inepte, il n’est que temps de barrer la route à ce déferlement annoncé.
Toutes les batailles sont perdues si on ne les mène pas, aucune n’est perdue d’avance si on les engage en précisant rationnellement les objectifs et les conditions de l’action.
Aucune lutte populaire contre le Capitalisme régnant ne pourra en tout cas aboutir à une avancée sociale ou politique majeure, sans la reconstruction d’une organisation-parti communiste digne de ce nom et de son héritage marxiste.
Cet objectif de reconstruction à partir des groupes Communistes-marxistes actuels exige au préalable des luttes communes. Cet objectif est partagé en théorie par chacun d’entre eux. Encore faut-il que cette volonté proclamée de fusion ne se réduise pas à un orgueilleux attachement sectaire à quelques dogmes politiques particuliers, ce qui réduit la Reconstruction Communiste à une absorption et la rend ainsi totalement impossible.
Ce qui n’interdit pas aux divers groupes communistes, et notamment l’URC de réfléchir en attendant au nécessaire programme d’une future société socialiste pour la France, à proposer comme objectif concret de luttes aux citoyens de notre pays.
Car la mission d’un Parti Communiste authentique est d’abord pédagogique ; de convaincre les prolétaires détournés aujourd’hui vers des voies sans issue…
Nous y reviendrons dans un prochain « que faire »
En attendant, il est urgent de stopper cette marche à l’abîme, en unissant dans des luttes concrètes, pour la paix, le mieux-être, La Défense des conquêtes sociales et de ce qu’il reste de Services Publics, contre la démagogie raciste et « sécuritaires ».

