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L’impérialisme UE européen est-il devenu un substitut de l’impérialisme US ?
mardi 8 juillet 2025 par Taher Almouez
L’Union européenne sous contrôle américain ?
Cette année marque le 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la plupart des pays d’Europe occidentale actuellement membres de l’Union européenne. À cette occasion, le ministre chinois des Affaires étrangères est arrivé à Bruxelles, siège de la Commission européenne, le lundi 30 juin 2025. Il s’agit de la première étape de sa tournée européenne de six jours, où il s’entretiendra avec la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaya Kallas.
Cette visite comprendra également des entretiens avec les ministres des Affaires étrangères allemand, français et belge. Baptisée « 13e Dialogue stratégique de haut niveau Chine-UE », cette visite vise à négocier des contrats et résoudre les « différends économiques et stratégiques » avec l’U.E.
La Chine estime que les États-Unis exercent des pressions sur l’UE et attisent la discorde. Le gouvernement chinois feint d’ignorer le ralliement européen aux États-Unis. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (une figure fondamentalement réactionnaire), a menacé la Chine concernant la fourniture de biens et de technologies susceptibles d’être utilisés dans des opérations militaires russes.
Le gouvernement Allemand ( où Ursula von der Leyen était plusieurs fois ministre de la guerre, de la santé etc.) a bloqué l’entreprise chinoise DeepSeek, car elle « transmet des données à la Chine », selon les médias allemands. La Chine a réagi en interdisant le chatbot français « Mistral », basé sur l’IA, pour « transmission de données chinoises au gouvernement Français ».
Les États-Unis exploitent les différends entre la Chine et l’Union européenne pour les exacerber. Un responsable du Département d’État américain a confirmé à Reuters que « DeepSec apporte déjà son soutien à l’armée et aux services de renseignement chinois ».
En réalité, les États-Unis cherchent à éliminer cette entreprise chinoise des marchés « occidentaux », car elle a surpassé les entreprises américaines dans de nombreux domaines des technologies de communication et de l’intelligence artificielle…
Exercices pratique d’extension du champ de la guerre
Les États-Unis et l’OTAN ont eu recours à la piraterie pour attaquer des navires transportant du pétrole russe ou iranien. Le vendredi 27 juin 2025, dans les eaux territoriales libyennes, des « inconnus » ont attaqué le pétrolier « Vilamoura », qui a été bombardé avec sa cargaison (environ un million de barils de pétrole kazakh). L’explosion a provoqué une fuite dans la salle des machines du navire, qui a coulé en polluant la mer avec du pétrole. Le navire battait pavillon des Îles Marshall et était exploité par la compagnie grecque TMS Tankers. Il avait fait escale dans des ports russes, notamment au port d’Oust-Louga, près de Saint-Pétersbourg, en avril 2025, puis au terminal de la mer Caspienne, près de Novorossiisk, en mai 2025. Il s’agit de deux terminaux majeurs pour l’exportation de pétrole, notamment de pétrole kazakh, souvent mélangé à du pétrole russe pour contourner les sanctions.
Ce n’était pas la premier incident récurrent de sabotage contre des navires accostant dans les ports russes. Le Vilamoura était le septième navire attaqué après avoir fait escale dans des ports russes. La marine russe a été contrainte d’escorter des navires marchands transitant par la mer du Nord et la mer Baltique pour dégager et sécuriser la route. Le Vilamoura est remorqué jusqu’en Grèce, où des évaluations des dommages seront effectuées à son arrivée.
L’Organisation mondiale du commerce s’est déclarée préoccupée par l’impact des « mesures unilatérales, y compris les sanctions, qui ont un impact direct sur le commerce mondial ». L’organisation appelle à « des politiques qui favorisent le commerce comme moteur de développement ».
Parallèlement, les sanctions imposées à la Russie depuis 2022 impactent les marchés mondiaux de l’alimentation et des engrais, menaçant la sécurité alimentaire de nombreux pays en développement. Il convient de noter que, durant son premier mandat, Donald Trump a neutralisé l’Organe ( tribunal) d’appel de l’OMC, limitant ainsi la capacité de l’organisation à résoudre les différends liés à des mesures unilatérales, telles que les droits de douane sur l’acier et l’aluminium, que certains jugeaient incompatibles avec les règles de l’OMC.
L’impérialisme européen est-il devenu un substitut de l’impérialisme américain ?
Les pays européens n’ont pas tiré profit de leur alignement sur les États-Unis concernant la Russie, la Chine, l’Iran, le Venezuela et d’autres. Au contraire, les intérêts des pays de l’Union européenne ont été lésés par le resserrement de l’étau sur la Chine, car l’Europe a besoin des produits chinois, notamment après les turbulences provoquées par la guerre commerciale américaine et l’augmentation des droits de douane qui ont touché l’Europe, la Chine et tous les pays du monde.
La dépendance de l’Europe au marché chinois s’est accrue. Cependant, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, évite de provoquer la colère des États-Unis, qui ont imposé de nombreuses décisions à l’Europe, notamment l’augmentation des dépenses militaires des membres de l’OTAN ( 23 pays européens sur 32 membres de l’OTAN) de 2 % prévues pour 2024 à 5 % au cours des prochaines années.
L’Union européenne se soumet aux plans américains de militarisation de la diplomatie, et son projet de société en état de guerre permanent (selon Reuters du 1er juillet 2025). L’Union européenne a élaboré un plan pour construire une société en état de guerre permanent, où tout peut être réaffecté à des fins militaires, des hôpitaux aux appareils de navigation.
Ce plan, appelé « Readiness 2030 », transforme le continent européen en terrain d’entraînement militaire, bien que la guerre n’ait pas été officiellement déclarée. L’objectif est de transformer chaque État membre de l’UE en une base logistique de renseignements pour l’OTAN, d’abandonner le projet de Plan de défense commun européen, en le remplaçant par le plan américain d’intégration fonctionnelle dans l’organe stratégique atlantique, avec une centralisation maximale et une absence totale de contrôle public, de convertir les infrastructures civiles (routes, chemins de fer, ports, centrales électriques, hôpitaux et écoles) en installations compatibles avec un usage militaire, de convertir rapidement toutes les installations en « double usage » (civil et militaire), de « renforcer les réseaux énergétiques et les réseaux numériques en les gérant avec des protocoles de sécurité militaires, et en cas de crise, la gestion civile des installations (énergie électrique ou chemins de fer, aéroports et ports maritimes…) avec des centres de commandement interarmées, afin d’assurer la protection physique et numérique contre les menaces hybrides et cybernétiques.
Les industries stratégiques (acier, électronique, produits pharmaceutiques, automobile, aéronautique…) doivent pouvoir passer de la production civile à la production militaire sans préavis ni discussion, ce qui nécessite des modifications de certaines juridictions.
La base industrielle européenne doit être préparée à une restructuration rapide pour soutenir la chaîne d’approvisionnement de la "défense", parallèlement à la préparation et à la formation de la population à s’adapter passivement aux crises systémiques.
Tous les moyens doivent être utilisés pour préparer psychologiquement les citoyens aux situations d’urgence, dans les établissements d’enseignement, les médias (contrôle de l’information et de sa conformité avec le plan de cohésion sociale), la protection civile, préparation des abris et des bunkers pour donner l’impression d’être en situation de guerre (Plan de préparation 2030, de la page 16 à la page 22).
Ce plan (la militarisation des sociétés européennes au cours des cinq prochaines années) nécessite un budget important, mobilisé auprès de fonds publics et de partenariats public-privé (page 23 du Plan de préparation 2030). Les installations et infrastructures civiles sont ainsi transformées en casernes militaires potentielles, surveillant et enrôlant des citoyens dans une guerre qui ne les intéresse pas et ne les concerne pas.
Le 2 juillet 2025, le Centre Scowcroft de l’OTAN a publié une étude rédigée par Andrew Micht, l’un de ses responsables. Cette étude affirme que l’Europe doit consacrer toutes ses ressources à l’OTAN, car la Russie demeure l’ennemi principal et que la Russie n’est qu’une extension (ou continuation) de l’Union soviétique.
L’objectif est de maintenir l’Europe durablement sous la dépendance des États-Unis grâce au leadership de l’OTAN, dont « l’Europe doit supporter les frais en portant les dépenses militaires à 5 % du PIB, tout en maintenant le parapluie nucléaire américain et la flotte navale et aérienne américaine en Europe, ainsi que le contrôle américain par satellites, la surveillance spatiale et les communications. Cela sape l’idée d’indépendance stratégique européenne et renforce un système de défense occidental compatible avec les États-Unis. »
Avec la stratégie américaine de « priorité absolue au corridor Nord-Est » (Scandinavie, Finlande, États baltes et Pologne, les pays les plus proches de la Russie), en particulier à l’extrême nord et la Roumanie sur le flanc sud qui devrait être surveillée de près. Quant à la vieille Europe occidentale, elle s’est vu confier un rôle d’arrière-garde : réserves, logistique, résistance, etc.
Le message d’Andrew Micht est clair : l’Europe ne doit pas gaspiller son énergie à dupliquer des structures de commandement et à tenter de se libérer. Tout doit se passer au sein de l’OTAN et sous contrôle américain, ce qui garantit l’approvisionnement du budget du Pentagone (le ministère américain de la guerre ) grâce aux achats d’armes et au respect de la règle des 5 %.
La guerre en Ukraine est un modèle pour la mise en œuvre de ce plan : l’Europe assume la responsabilité principale de la poursuite de la guerre par la fourniture d’armes et de munitions (dont une partie achetée aux Etats-Unis), tandis que le rôle des États-Unis est de superviser l’entraînement de l’Europe en prévision d’une guerre contre la Russie.
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Les détails des plans de militarisation de l’économie et de la vie en Europe sont disponibles sur le site web de l’Union européenne (Livre blanc pour la défense européenne – Préparation à l’horizon 2030) et sur le site web ( defence-industry-space.ec.europa.eu/eu-defence-industry/introducing-white-paper-european-defence-and-rearm-europe-plan-readiness-2030).
Vous pouvez également consulter le « Plan pour la relance nationale et la résilience » (PNRR) de l’Union européenne, adopté pour aider les États membres à se remettre des conséquences économiques et sociales de la pandémie Covid-19. Il s’inscrit dans un ensemble plus large appelé « NextGeneration » et alloue actuellement des fonds au réarmement.

