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Nasrallah : le miracle de la révolution mondiale

mercredi 30 septembre 2026 par Sayf Daana

Excellent Article de Sayf Daana , intellectuel et universitaire palestinien ( FPLP) , publié Samedi dernier dans le journal libanais Al-Akhbar , à l’occasion du deuxième anniversaire de l’assassinat de Sayyed Hassan Nasrallah. Je vous partage sa traduction en français, brillantee et passionnante ! (GS)

« Jamais, dans le théâtre de l’histoire, une seule personnalité n’est apparue dotée d’un talent plus grand que celui de ce révolutionnaire à la peau brune. »
C. L. R. James à propos de Toussaint Louverture (Les Jacobins noirs)

À cette même période, il y a deux cent trente-cinq ans, précisément dans la soirée du 14 août 1791, Dutty Boukman, alors chef des insurgés haïtiens, donna ses dernières instructions aux dirigeants de la révolution venus le rencontrer de nuit dans le « Bois-Caïman », portant des torches pour éclairer leur chemin, au cours d’une nuit décrite par les historiens comme particulièrement orageuse.

Une semaine plus tard, le 22 août, la révolution éclata dans les plaines du Nord autour de la ville du Cap-Haïtien. Ce jour-là, les insurgés incendièrent plus de 1 200 plantations et tuèrent plus d’un millier de colons blancs.

  • « Toute la partie nord de la ville devint alors un champ de ruines. L’horizon tout entier n’était plus qu’un immense mur de feu, d’où s’élevaient sans cesse de grandes quantités d’une épaisse fumée noire, à tel point que les habitants de la ville ne purent distinguer la nuit du jour pendant trois semaines consécutives, tandis que la paille de canne à sucre brûlée tombait comme des flocons de neige, recouvrant la ville et le port et menaçant de les détruire complètement. »

Douze ans après cette nuit, et après plusieurs cycles de combats extrêmement sanglants, au cours desquels moururent le premier chef de la révolution, Dutty Boukman, en novembre 1791, puis son brillant successeur Toussaint Louverture, mort en détention en France le 7 avril 1803, les révolutionnaires haïtiens vainquirent les forces de l’Amérique, de la France, de l’Espagne et de l’Angleterre, ainsi que leurs armées considérables, leurs immenses ressources financières et leurs armes sophistiquées.

Jean-Jacques Dessalines, qui dirigea la dernière phase de la révolution, proclama l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804.

Cent vingt-six ans plus tard, ou il y a environ cent dix ans, précisément à 21 h 45 le 6 novembre 1917 (25 octobre selon le calendrier julien), le croiseur Aurora, alors ancré sur les rives de la Neva qui traverse la ville de Petrograd, tira un coup de canon retentissant dans les airs. C’était le signal donné à l’armée bolchevique et à ses partisans d’attaquer le Palais d’Hiver.
Peu après, des détachements de l’Armée rouge pénétrèrent dans le Palais d’Hiver comme un ouragan.
L’histoire entrait alors dans une nouvelle phase qui allait changer le monde.

Les grands événements historiques et les scènes extraordinaires se succédèrent ensuite. Trente-neuf ans après cette nuit, et quatre ans et trois jours après la révolution de juillet 1952, précisément à 20 h 30 le 26 juillet 1956, depuis la place Mansheya à Alexandrie, le président Gamal Abdel Nasser annonça la nationalisation du canal de Suez.
Cette annonce marqua une transformation de l’idée de communauté et de nation arabe en une force historique considérable, opposée à la stratégie de domination coloniale occidentale.

Dix-neuf ans plus tard, le 29 avril 1975, le général vietnamien Văn Tiến Dũng donna à l’Armée populaire vietnamienne l’ordre de commencer la mise en œuvre de la « campagne Ho Chi Minh » et de libérer Saïgon.

Deux jours seulement après, le 1er mai, le monde assista avec stupeur à l’entrée des chars de l’Armée populaire dans le palais présidentiel, signe éclatant de la défaite de l’empire le plus puissant de l’histoire.

Trois ans et neuf mois après la libération de Saïgon, le 1er février 1979, des millions d’Iraniens insurgés contre le régime du Shah depuis janvier 1978 accueillirent l’ayatollah Khomeini, de retour d’exil en vainqueur.
Deux mois plus tard, le 1er avril 1979, fut proclamée la création de la République islamique.

Le 25 mai 2000, vingt-cinq ans et vingt-cinq jours après la libération de Saïgon, et vingt et un ans et trois mois après le retour de l’ayatollah Khomeini, au terme d’une scène spectaculaire de retrait chaotique et de défaite humiliante, un officier israélien vaincu et brisé dans son esprit, nommé Benny Gantz, ferma la porte de Fatima dans le sud du Liban, croyant, avec son gouvernement, qu’une porte de fer pouvait empêcher les conséquences de cette défaite amère, la première de l’histoire du conflit arabo-israélien.

Mais cette dynamique allait s’amplifier, et cet événement décisif, par sa date, son moment, sa signification et son dirigeant, allait constituer un modèle exceptionnel parmi les modèles exceptionnels qui l’avaient précédé, comme nous allons le voir.

Ce qui est frappant, c’est que tous ces événements historiques, ainsi que de nombreux autres événements similaires en Amérique latine, en Afrique et en Asie, ne se sont pas produits depuis, ni dans les lieux où ils étaient censés ou supposés commencer et se dérouler.
Car, comme cela semblait évident pour beaucoup, le centre du monde capitaliste était l’endroit supposé, naturel et attendu où devait se former et d’où devait émerger la force historique capable de transformer et de libérer le monde.

Dans les pays du centre du capitalisme mondial se concentraient les usines, les capitaux et les technologies ; c’est là que s’étaient constituées des classes sociales modernes ; et c’est également là que la contradiction historique fondamentale entre le capital et le travail s’était manifestée avec le plus de clarté et de maturité.

Mais l’histoire des siècles passés, particulièrement celle du XXe siècle et de la partie déjà écoulée du XXIe siècle, raconte une histoire tout autre.

Ce qui relie toutes ces scènes extraordinaires et impressionnantes, ainsi que les autres véritables événements révolutionnaires qui ont marqué le monde, c’est qu’ils ne se sont pas produits en Europe ou aux États-Unis, mais dans la périphérie, dans les marges, dans le Sud global.

Ce qui peut apparaître dans ce récit comme un paradoxe majeur est, au fond, l’expression d’une structure d’intérêts qui fait que l’initiative de conduire l’action historique se déplace objectivement vers les lieux où les contradictions du système mondial sont les plus concentrées et les plus aiguës, c’est-à-dire vers le Sud global.

Ainsi, les lieux de soumission sont devenus des lieux de lutte et de résistance.
C’est précisément pour cette raison qu’Anouar Abdel-Malek s’est opposé à la vision du prolétariat occidental comme porteur du changement révolutionnaire mondial et qu’il a lié la possibilité de briser l’hégémonie capitaliste à la formation d’un front contre-hégémonique réunissant libération nationale et révolutions sociales.
Franz Fanon a défendu une position similaire dans Les Damnés de la Terre, tout comme Amílcar Cabral dans ses écrits sur les mouvements de libération et la culture.

Le discours de mai : le manifeste du Sud global

Le 26 mai 2000, à l’issue du discours historique de la victoire, le martyr Hassan Nasrallah s’adressa aux Palestiniens, aux Arabes et aux musulmans, exposant certaines des leçons de l’expérience de la résistance islamique au Liban et présentant cette victoire comme un modèle dont les peuples arabes et musulmans, notamment le peuple palestinien, pouvaient s’inspirer :

  • « Cette victoire, nous l’offrons à notre peuple opprimé en Palestine occupée et aux peuples de notre nation arabe et islamique. D’ici, de Bint Jbeil libérée, je m’adresse au peuple palestinien opprimé, martyrisé, persécuté. Ô peuple palestinien : ton destin est entre tes mains… Ô peuple palestinien, votre chemin vers la liberté est celui de la résistance et de l’Intifada, de la résistance sérieuse et de l’Intifada véritable ; pas l’Intifada dans le cadre d’Oslo, ni l’Intifada au service du négociateur qui renonce à ses droits à Stockholm… Ce modèle libanais de haut niveau, nous l’offrons à notre peuple en Palestine. »

Il pourrait sembler au lecteur ou à l’observateur que le martyr victorieux développait, dans ce discours, une démonstration historique définitive face aux choix négociateurs de la direction palestinienne et de certains régimes arabes, lesquels, à la veille même de la libération, avaient montré que leur trajectoire était essentiellement conçue pour liquider la question palestinienne et les causes arabes conformément à des arrangements régionaux et internationaux plus vastes.

Lire la suite ICI

Traduction Najla


Voir en ligne : https://www.al-akhbar.com/Newspaper...

   

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