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Le Yémen prend le contrôle total de la Porte des Larmes
samedi 12 septembre 2026 par Pepe Escobar
Ansarallah peut désormais instaurer un péage à Bab al-Mandab. Et aucune exception ne sera faite pour Riyad. Les stupides Bédouins du désert n’auront droit qu’à une liste de conditions draconiennes.
Ansarallah peut désormais se permettre d’installer un poste à péage, sans doute à plusieurs niveaux, dans le détroit de Bab al-Mandab, si tel est son choix.
Photo © SCF
Pas moins de 25 ans après le 11 septembre, l’Ange de l’Histoire revient et frappe fort.
Il y a cinq ans, nous avons assisté à l’étonnante humiliation impériale en Afghanistan, survenue en quelques jours seulement.
Aujourd’hui, nous assistons à un autre stupéfiant camouflet infligé aux vassaux du syndicat Epstein, l’Arabie saoudite, ainsi que le Yémen, toujours en quelques jours.
Les humiliations en série accompagnent désormais la marche de l’Empire telles un fléau – sans parler des deux vertigineuses défaites stratégiques imminentes, l’une en Asie occidentale, l’autre sur les terres noires de Novorossiya. Dans la Rome antique, où régnait la devise “diviser pour régner”, les têtes des empereurs tombaient pour bien moins que cela.
L’effondrement généralisé des bandes de mercenaires saoudiens au Yémen a été si rapide que même les médias contrôlés par le syndicat Epstein ont été contraints de le reconnaître. L’opération “Rolling Thunder” d’Ansarallah a déjà permis de reprendre des villes et des îles, de capturer des milliers de crapules, de libérer tous les prisonniers – en leur accordant l’amnistie –, de s’emparer d’un nombre incalculable de chars et d’armes américains – un scénario digne de l’Afghanistan – et d’être accueillis en libérateurs du territoire yéménite par l’ensemble des communautés tribales.
Et bien sûr, Ansarallah a désormais officiellement pris le contrôle total (italiques de ma part) du site méga-stratégique de Bab al-Mandab, aussi appelé la “Porte des Larmes”.
Parmi les images emblématiques, Mohammed al-Houthi, cousin du chef suprême Abdul-Malik Al-Houthi, a été aperçu dans la ville libérée d’Al-Jarrahi au volant de l’un des innombrables véhicules blindés abandonnés par les gangs mercenaires contrôlés par les Émirats arabes unis.
Les renseignements à l’origine de l’opération “Rolling Thunder” d’Ansarallah – décrite comme la plus grande opération de capture massive de l’histoire de la guerre moderne – ont été soigneusement coordonnés avec le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI). L’Axe de la Résistance savait parfaitement qu’après l’attaque iranienne dévastatrice sur les bases jordaniennes, les États-Unis seraient dans l’incapacité d’aider les Saoudiens à prévenir une offensive yéménite.
Et ce fut bien une offensive, tout au long de la côte ouest yéménite : de Hays à Al-Khokha et Al-Mokha en passant par Al-Wazi’iyah, y compris les camps militaires de Khaled et Jabal al-Nar, ainsi que les îles de la mer Rouge.
Hizam al-Assad, membre du Bureau politique d’Ansarallah, interviewé par Al-Mayadeen (traduction en anglais ici ), a réaffirmé :
“l’importance stratégique” de toute la côte occidentale, “ainsi que la région d’Al-Khokha, de Hays, mais aussi d’Al-Mafqa jusqu’à Dhabab et Miyyun, sans oublier les îles yéménites de la mer Rouge”.
Hizam al-Assad a également détaillé la tentative des Saoudiens :
“de créer une forme de dissociation sociale dans ces régions, que ce soit par “daechisation” ou par l’exacerbation de nombreux particularismes régionaux, sectaires et confessionnels”.
Le contexte est essentiel.
En 2015, Riyad a constitué une “coalition des volontaires” à la manière arabe afin, essentiellement, d’expulser Ansarallah/les Houthis de la capitale, Sanaa.
Ce fut un échec cuisant – malgré le blocus des ports yéménites et les bombardements aveugles (on m’a montré plusieurs cibles, dont certaines ont été reconstruites, de Sanaa à Saada). À partir de 2022, une sorte de cessez-le-feu non officiel a été instauré par le biais d’un protocole d’accord. Les Saoudiens l’ont rompu en juillet, en attaquant la piste de l’aéroport de Sanaa.
Comment nous avons conquis la côte ouest
Hizam al-Assad a confirmé que :
“nous pensions que l’occupant s’effondrerait dans ces régions de l’intérieur (…) Nous avions prévu que la population se soulèverait et l’expulserait (…) Le retrait de l’ennemi a en effet été précipité et désorganisé (…) L’ennemi n’a aucune légitimité au Yémen, en particulier ses agents locaux, qui mettent en œuvre les objectifs saoudiens contre de l’argent”.
Les descriptions occidentales de l’“agression” yéménite ne méritent, une fois encore, pas même d’être qualifiées de pathétiques. Hizam al-Assad précise que :
“nous poursuivons une trajectoire s’inscrivant dans le cadre d’opérations appliquant l’équation ‘blocus contre blocus’ et ‘escalade contre escalade’, telle est notre orientation principale. L’ennemi saoudien a cherché à compromettre cette stratégie et à faire échouer ce plan (…) mais notre stratégie est claire : rétablir les droits légitimes du Yémen et briser le blocus imposé à notre pays par l’ennemi saoudien”.
La marine américaine a déjà été de facto expulsée de la mer Rouge par les moyens militaires sophistiqués du Yémen – notamment des missiles hypersoniques, intégralement fabriqués localement. Il semble que Riyad n’ait pas tiré les leçons de cette expérience.
Les forces armées yéménites ont confirmé que les Saoudiens ont lancé des dizaines de raids aériens “dans les gouvernorats de Taïz, Hodeidah, Marib et Al-Jawf”, menés par des F-15 et des Typhoon décollant de la base du roi Fahd à Taïf et de la base du roi Khalid à Khamis Mushait.
Le porte-parole imperturbable des forces armées yéménites, le brigadier Yahya Saree – que j’ai eu l’honneur de rencontrer l’année dernière au Yémen – a confirmé que des missiles sol-air “Made in Yemen” ont contraint les Saoudiens et les mercenaires à abandonner la base de Taïz, l’une de celles spécialement conçues pour agresser le Yémen.
Taïz est une ville clé : l’une des plus grandes du Yémen. Ansarallah en assure désormais le contrôle total – un atout stratégique considérable.
En matière d’atouts stratégiques, rares sont ceux qui peuvent rivaliser avec l’île de Mayun – également connue sous le nom de Perim –, située au beau milieu du détroit de Bab al-Mandab. On peut y voir un aérodrome militaire et une base militaire construits par les Émirats arabes unis avec la coopération israélienne, regorgeant d’armes de haute technologie.
Le tout appartient désormais à Ansarallah.
Maintenant qu’Ansarallah contrôle pratiquement toute la côte occidentale, les dernières cibles à conquérir sont essentiellement Marib – pour ses gisements de pétrole et de gaz – et le port d’Aden, où se concentre l’essentiel des forces mercenaires mobilisées contre Sanaa.
La situation inextricable de l’Arabie saoudite
L’opération “Rolling Thunder” d’Ansarallah complique considérablement la donne en Asie occidentale – et au-delà – à un degré saisissant. Le prix du pétrole est hors de contrôle. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) menace de lancer une nouvelle arme qui “déclenchera une crise cardiaque chez les impérialistes” – en brisant le blocus naval américain déjà vacillant.
L’Alliance de défense de La Mecque, tant vantée, connaît ses premières véritables difficultés. La Turquie est déjà en quelque sorte impliquée dans la guerre saoudienne contre le Yémen – puisque des drones turcs tombent comme des mouches au Yémen depuis des semaines. Le Pakistan a timidement averti que le pacte de défense pourrait devenir opérationnel – pour ensuite rétropédaler et préciser qu’il ne s’applique pas à une situation préexistante (comme la guerre saoudienne lancée en 2015).
MbS devrait organiser un pèlerinage vers la Porte pour y verser quelques larmes stratégiques. Rien de saoudien, pas même une mouette, ne franchira le Bab al-Mandab sous la surveillance des Forces armées yéménites.
Ajoutez à cela le Big Bang : la frappe coordonnée et multiple contre l’oléoduc Abqaiq-Yanbu, dernière voie encore disponible pour les exportations de pétrole saoudiennes après le blocus du détroit d’Ormuz, avec une immense colonne de fumée noire de 100 km s’élevant dans le ciel du désert, immortalisée par les images satellite de Sentinel-3.
Conséquences : les coûts de production des usines d’engrais azotés, de l’Europe à l’Asie, vont devenir totalement incontrôlables. Les productions de blé, de riz et de maïs vont certainement chuter de manière drastique, parallèlement à la flambée des prix du gazole.
L’irrigation et la récolte seront désormais un privilège réservé aux riches.
Ansarallah, s’il le souhaite, peut désormais se permettre d’installer un poste de péage à Bab al-Mandab, sans doute à plusieurs niveaux. Et aucune exception ne sera faite pour Riyad. Les stupides Bédouins du désert n’auront droit qu’à une liste de conditions draconiennes.
Les perspectives de l’Arabie saoudite sont désastreuses, car elle s’engage dans la pire configuration possible où tout le monde est perdant : infrastructures pétrolières terrestres en piteux état, voies d’exportation maritimes bloquées.
Le verdict reste encore à connaître.
Mais tout porte à croire, malheureusement, que l’Arabie saoudite est vouée au déclin, réduite à un désert en friche au profit des suspects habituels.
Traduit par Spirit of Free Speech
Voir en ligne : https://strategic-culture.su/news/2...


