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Afghanistan : Volker Türk dénonce le « silence assourdissant » du monde face à la répression

jeudi 10 septembre 2026 par ONU

Plus de cinq ans après le retour des talibans au pouvoir, l’étau continue de se resserrer sur les Afghans, à commencer par les femmes et les filles.

À mesure que les droits reculent en Afghanistan, l’attention du monde, elle, semble s’en détourner. C’est ce paradoxe que le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a voulu dénoncer, en dressant le tableau d’un pays où la répression s’enracine tandis que la pauvreté s’étend et que des centaines de milliers d’Afghans sont renvoyés de force depuis les pays voisins.

« À mesure que les mois passent, les autorités de facto durcissent et appliquent des mesures oppressives », a déclaré M. Türk dans un communiqué. « Pourtant, il semble que le monde ait oublié et abandonné le peuple afghan à une situation qui s’aggrave de jour en jour. Le silence est assourdissant ».

Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont progressivement exclu les femmes et les filles de pans entiers de la vie afghane. Education, emploi, liberté de circulation, participation à la vie publique : les interdictions se sont accumulées, accompagnées d’exigences vestimentaires strictes et d’un effacement des femmes des instances publiques de décision.

Un système d’exclusion institutionnalisé

Selon l’ONU, cette exclusion systématique est désormais « normalisée et institutionnalisée ». Quelque 2,2 millions de filles et de femmes sont privées d’enseignement secondaire et supérieur. De nouvelles mesures restreignent également leurs droits en matière de divorce et risquent de favoriser les mariages d’enfants et les violences à leur encontre.

Les femmes afghanes sont désormais interdites d’accès aux locaux de l’ONU, mesure qui entrave également la capacité de l’organisation à venir en aide à une population dont près de la moitié dépend de l’assistance humanitaire.

« De telles restrictions imposées aux femmes et aux filles, qui s’apparentent à un apartheid de genre, n’ont pas leur place dans aucune société », a fustigé M. Türk.

Mais l’appareil coercitif ne vise pas seulement les femmes. Les autorités multiplient les arrestations et les châtiments corporels pour des infractions présumées au code vestimentaire, à la longueur de la barbe ou à l’interdiction de la musique.
Au moins 449 personnes ont subi des châtiments corporels au cours du premier semestre.

Des violations des droits humains continuent également d’être signalées contre d’anciens responsables gouvernementaux et membres des forces de sécurité. Les minorités religieuses, notamment chiites et ismaéliennes, restent soumises à des restrictions, tandis que journalistes et médias sont confrontés à des arrestations et à des fermetures temporaires.

© UNICEF / Muzamel Azizi Une famille récupère l’eau à la rivière dans un village de la province de Kunar, une région montagneuse de l’est de l’Afghanistan.

Des retours forcés en pleine crise humanitaire

A cette répression intérieure s’ajoute une autre pression. Le retour forcé de centaines de milliers d’Afghans depuis les pays voisins. Plus de 400 000 personnes ont ainsi été renvoyées, principalement depuis l’Iran et le Pakistan, dans un pays où 21,9 millions d’habitants – près de 45 % de la population – auraient besoin d’une aide humanitaire.

Ces arrivées surviennent au moment même où les financements étrangers se contractent, réduisant la capacité des organisations humanitaires à répondre aux besoins. La crise économique et sociale vient ainsi renforcer les effets d’un système politique qui restreint toujours davantage les libertés fondamentales.

Pour Volker Türk, l’enjeu consiste désormais à empêcher que l’isolement diplomatique des talibans ne se transforme en abandon des Afghans eux-mêmes. Le Haut-Commissaire appelle les États, notamment ceux disposant d’une influence dans la région, à accroître leur pression sur les autorités de facto afin qu’elles respectent les obligations internationales de l’Afghanistan.

« J’implore tous les États de reconsidérer leurs actions et de donner la priorité à la vie de la population qui souffre », a-t-il déclaré.

Son avertissement tient en une contradiction devenue centrale dans le dossier afghan.

À mesure que les restrictions s’institutionnalisent et que la crise humanitaire s’aggrave, le pays disparaît peu à peu de l’agenda international.
C’est précisément ce silence que M. Türk voudrait désormais briser.


Voir en ligne : https://news.un.org/fr/story/2026/0...

   

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