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« La France, honte financière de l’Europe » (Le Figaro)

mardi 1er septembre 2026 par Renaud Girard

Une flèche de plus contre Macron par la grande bourgeoisie française. (JP)

Nos voisins européens ont inscrit des règles d’or budgétaires dans leurs Constitutions respectives. Il est urgent que les Français le fassent également et qu’ils s’y tiennent.

Si un expert financier m’avait prédit il y a vingt ans que l’État français emprunterait un jour plus cher sur le marché obligataire mondial que la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne - « pays du Club Med » peu fiables aux yeux des banquiers centraux allemands -, j’aurais immédiatement tourné le dos à cet expert en le traitant de charlatan.
J’aurais eu bien tort. Car c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Sur le marché des obligations à dix ans, l’État français emprunte à 4,11 %, alors que le taux est de 3,7 pour le Portugal, 3,8 pour l’Espagne, 3,9 pour la Grèce et 4 % pour l’Italie.

En ce qui concerne notre voisine et cousine italienne, elle est en excédent budgétaire primaire (hors intérêts de la dette) depuis 2024. L’État italien couvre ses dépenses hors intérêts par ses recettes, dégageant même un excédent de 0,8 % de son PIB.
Le déficit budgétaire primaire de la France (hors intérêts de la dette) équivaut à 3 % de son PIB. Voilà pourquoi les marchés voient actuellement l’Italie d’un meilleur œil que la France.

La dette est passée de 98 % à 118 % du PIB

Aujourd’hui, les pays du nord de l’Europe - qui gèrent tous correctement leurs finances publiques et qui respectent tous les critères du traité de Maastricht - voient dans la France un pays peu fiable, un pays du Club Med, et même le pire d’entre eux.

Lorsque le président Macron a pris ses fonctions en 2017, la France a promis qu’elle allait rentrer dans les critères de Maastricht (déficit public inférieur à 3 % du PIB, dette inférieure à 60 % du PIB). Après tout, c’était elle qui les avait proposés lors de la négociation sur la monnaie unique - les Allemands auraient préféré pas de déficit du tout, sauf pour financer les gros investissements publics.

Les Français et leurs alliés européens ont tous cru que cet inspecteur des finances compétent, énergique et travailleur, parvenu dans la force de l’âge à l’Élysée, allait honorer sa promesse.

L’utilisation de l’endettement pour financer des dépenses courantes n’est pas une irresponsabilité financière et un abus des générations futures propre à Emmanuel Macron.
Tel n’a pas été le cas.
Le président a mieux parlé qu’il n’a agi. En neuf ans, la dette française est passée de 2 200 milliards à 3 460 milliards, soit de 98 % à 118 % du PIB.

La faute au Covid et à l’Ukraine ?
Excuses peu recevables dans la mesure où, pendant la même période, l’endettement allemand est resté stable, à 64 % du PIB. Or l’Allemagne a été autant frappée que la France par l’épidémie de Covid et sans doute encore davantage par la guerre contre l’Ukraine, entamée par la Russie en 2022.

À propose de la dette lire aussi : https://ancommunistes.fr/spip.php?article10682

Le fait que les Allemands gèrent mieux que nous leurs finances publiques et respectent bien davantage leurs engagements européens que nous leur permet d’emprunter avec 80 points de base de moins que nous sur les marchés internationaux.

Laxisme financier de Chirac

L’utilisation de l’endettement pour financer des dépenses courantes (ce que n’ont jamais fait les deux premiers présidents de la Ve République) n’est pas une irresponsabilité financière et un abus des générations futures propre à Emmanuel Macron.
Elle a été pratiquée à grande échelle à partir du socialiste François Mitterrand, puis prolongée par le radical-socialiste caché qu’était Jacques Chirac, puis continuée sous Sarkozy et Hollande. La droite n’a pas été meilleure gestionnaire que la gauche.

Francis Mer, qui fut nommé ministre des Finances par Jacques Chirac en 2002, m’a lui-même raconté une audience très courte qu’il eut avec le président, peu après la réélection de ce dernier.
Le nouveau ministre s’inquiétait du niveau de la dette française, qu’il voyait progresser régulièrement depuis vingt ans. Il alla proposer des mesures radicales au chef de l’État.
À peine Francis Mer avait-il commencé à expliquer le motif de sa visite, que Jacques Chirac l’interrompit :
« Francis, ce système dure depuis vingt ans, non ? Eh bien je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas durer vingt ans de plus. Bonne journée, Francis ! »

Le laxisme financier de Chirac était d’autant plus étonnant qu’il avait été auditeur puis conseiller référendaire à la Cour des comptes avant de quitter la haute fonction publique pour la politique. François Hollande fut lui-même conseiller à la Cour des comptes avant d’entrer en politique.
Il est paradoxal que les deux « grands corps » créés par la France au XIXe siècle pour éviter que ses finances ne dérapent, l’inspection et la Cour, aient fini par engendrer des hommes politiques qui, en temps de paix, les dégraderont de manière significative.

Endetter l’État pour de grands projets d’investissement

Ce mois de septembre 2026 marque le début véritable de la campagne présidentielle en France. Il est bon qu’elle dure longtemps, afin que toutes les grandes affaires politiques et sociales puissent être débattues en profondeur devant les électeurs français.

En matière financière, revient souvent le thème de la nécessité d’une « règle d’or » en matière budgétaire, qui soit inscrite dans la Constitution. J’estime qu’elle devrait être très simple : aucun endettement permis pour financer les dépenses courantes, mais possibilité d’endetter l’État pour de grands projets d’investissement, comme les centrales nucléaires, les réseaux ferroviaires, les équipements hydroélectriques, l’intelligence artificielle, l’industrie de défense.

Nos voisins, allemand, italien, suisse, espagnol ont inscrit des règles d’or budgétaires dans leurs Constitutions respectives.
Il est urgent que les Français le fassent également et qu’ils s’y tiennent, afin de ne plus être la honte financière de l’Europe.


Voir en ligne : https://www.lefigaro.fr/vox/economi...

   

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