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Bikers pour la Palestine, une manif historique
lundi 31 août 2026 par Charles Hoareau
A Sonia, Fadela, Pierre, Fadi, Florence, Hugues, Bernard, Daï-Daï, Emilie, Linda, Sabrina, Anaïs, Jérémy, Zouléra, Morgane, Nadia, Anne, Dima, Avi, Gazzali, Dalila, Younes...et tant d’autres qui se portent mutuellement en ne se résignant pas.
Ce samedi, comme tous les samedis de l’été, depuis que la chaleur nous a poussé à changer nos horaires du dimanche 14h au samedi 18h, nous [1] avions rendez-vous à la Porte d’Aix pour la manif hebdomadaire de soutien à la Palestine, contre l’impérialisme, le fascisme et pour la paix.
Ce samedi cependant, le parcours était particulier puisqu’au lieu de nous rendre au Vieux Port ou devant la mairie, la manif se dirigeait vers le MUCEM et sa grande esplanade terminant au ras de l’eau et des rochers de la Méditerranée. D’ordinaire les manifs se concluent par des prises de parole des organisations présentes en fonction de l’actualité. Là celles-ci étaient réduites au minimum car nous avions rendez-vous avec des bikers, à ne pas confondre parait-il avec de simples motards, puisqu’à l’utilisation des deux roues s’ajoute pour eux tout une culture liée à leurs engins de locomotion.
Quoiqu’il en soit, la manif à peine arrivée sur l’immense dalle gagnée sur la mer, elle est rejointe par une centaine, peut-être plus, de « bikers » aux machines pétaradantes qu’ils font vrombir pour mieux nous saluer. Un frisson parcourt les manifestants qui, sous les consignes d’UPM, se rassemblent afin de former un immense FREE PALESTINE humain aux couleurs vert, rouge, noire et blanche. Un slogan humain qui forme des vagues lorsque les participantes et participants à cette chaine humaine de liberté s’accroupissent ou se lèvent au gré des instructions.
Il y aura bien sûr des images de cela, mais comment retransmettre l’émotion des présents, l’immense sentiment qui traverse la foule ? On se dit que là-bas à Gaza, des gens verront des images de ce rassemblement et qu’au moins l’espace d’un instant ils en seront réconfortés. Inutile diront certains, on fait ce qu’on peut répondons-nous...et au moins on fait en ayant en tête la phrase d’Einstein :
« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »
Puis vient le moment du départ filmé par Dominique qui depuis 2 ans sa caméra à la main, filme toutes les manifs.
Direction la Mairie, puis rue Caisserie, rue de la République et descente sur le Vieux Port sous les yeux éberlués des passants nombreux à cette heure sur les trottoirs ou à la terrasse des cafés. Dès le départ, nous assistons à ce qui va se prolonger tout le long du parcours : nous sommes filmés par des milliers de téléphones immortalisant ainsi cet instant peu banal d’une centaine de motos décorées aux couleurs de la Palestine et arborant son drapeau, accroché par des montages de fortune ou tenus par le passager arrière.
Pour mieux être vus et pouvoir reprendre les slogans dans le vacarme des moteurs nous roulons lentement et nous arrêtons souvent au point, que tout le trajet, des bikers nouveau style à vélo ou trottinette pourront nous accompagner. L’arrivée sur le Vieux Port est un sommet. Je ne sais si les gens ont été prévenus ou se sont donné le mot, mais les trottoirs sont noirs de monde alors que s’élèvent au-dessus de la foule des slogans, des poings levés, des V de la victoire et les cris Tahia Palestine, entonnés par le mégaphone de Shahineze à l’arrière de la moto de Rachid.
Du coup notre cortège est encore ralenti et se faufile parmi la foule qui déborde des trottoirs. En l’absence d’escorte policière, ce sont deux motards du groupe qui organisent le barrage des rues que nous rencontrons étant donné que, bien entendu, il ne saurait y avoir de feu rouge qui ne nous arrête ni même le sens interdit du quai de Rive Neuve en face la mairie.
Il est d’ailleurs à noter la remarquable organisation et la prudence des bikers qui ont en permanence le souci de la sécurité et celui de ne pas trop compliquer la circulation des autres passants.
Nous avançons, toujours à vitesse très réduite que trompe le vrombissement des moteurs dont les accélérations de régime résonnant au rythme des slogans, font autant de bruit que si nous roulions à 140km/h.
Le Vieux Port franchi, nous descendons la Corniche. Dans la nuit qui tombe nos phares éclairent les virages de la route et les visages des passants éblouis et souriants dont nombre d’entre eux guettent nos regards et nos sourires pour échanger des signes complices...La chevauchée se poursuit ainsi entre signes de joie, cris de soutien et gestes de solidarité jusqu’à la Pointe Rouge, lieu de notre demi-tour sur la route côtière de cette partie de la ville.
Nous repartons en sens inverse et, arrivés à la statue de David, au lieu de remonter la Corniche, nous tournons à droite pour prendre l’allée du Prado, une des plus larges artères de la ville, axe des quartiers Sud bordé de maisons bourgeoises et de bureaux de standing : cela ne leur arrive pas tous les jours une manif Palestine ! Et encore plus à moto...
Nous remontons vers l’Est de la ville, mais le temps que nous a pris la 1ère partie du trajet, nous oblige à raccourcir notre parcours. Nous obliquons alors vers le centre-ville et arrivons à La Plaine, quartier cœur de ville avec en son centre, la place Jean-Jaurès, en grande partie piétonne et emplie de terrasses de cafés et de restaurants.
Nous nous faufilons entre les bornes à cette entrée piétonnière et entre les tables dont les consommateurs se lèvent en poussant des cris d’encouragement et en applaudissant à notre passage.
Tahia Palestine retentit à nouveau, nous passons trop vite à notre goût et sans doute au leur mais il se fait tard. Cela fait deux heures que nous sommes partis et les moteurs chauffent. Une dernière descente vers la gare, puis la Porte d’Aix, le boulevard des Dames et enfin le retour à l’esplanade du J4 devant le MUCEM.
Il est 22h 30 et on est accueillis par des dizaines de manifestants qui nous ont attendus et nous saluent avec des cris et des applaudissements. Parmi eux, Véra, Henry et Corinne qui tenaient, comme quasiment chaque semaine, le stand ANC.
Quelques mots d’accueil et de remerciements, les bikers sont invités à se restaurer avec ce que leur ont préparés les camarades d’UPM...Il est temps de partir avec des étoiles dans les yeux qui rivalisent avec celles du ciel...
En terminant, comment ne pas rendre hommage aux militantes d’UPM (les hommes ne nous en voudront pas tant les femmes jouent un rôle important dans cette lutte) ? Plus de deux ans et demi de combat incessant pour la Palestine et être encore capable d’organiser cet élément aux allures grandioses et magnifiques qui marquera l’histoire de la ville...
Cela fait penser à d’autres événements historiques qui se sont produits ailleurs dans d’autres villes et quelques soient les sujets, qu’il s’agisse de la lutte des sardinières de Douarnenez, de l’immense manif de la population de Port de Bouc pour son chantier naval, de la marche des chômeurs de La Ciotat, des manifs contre la guerre en Irak...
Toutes initiatives prises par celles et ceux qui ont décidé « de ne pas regarder sans rien faire ».
Merci à elles (et donc aussi à eux !)
Tahia Palestine
Voir en ligne : https://rougemidi.org/spip.php?arti...
[1] Ce sont principalement le groupe UPM (Union Palestine Marseille), L’UJFP (Union Juive Française pour la Paix), Tsedek (qui veut dire justice en hébreu), l’ANC et des militantes et militants de l’AFPS (association France Palestine Solidarité), du mouvement de la paix, de la France insoumise, du NPA...

