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Mali : le siège d’Anéfis, symbole d’une guerre par procuration
mardi 18 août 2026 par Jules Kaizen
Le camp d’Anéfis est assiégé. Depuis le 22 juillet 2026, les jihadistes du JNIM et les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad encerclent cette position de l’armée malienne, dans le nord du pays. Une coalition improbable, entre islamistes et Touaregs, qui dit beaucoup de la complexité du conflit.
Les obus et les drones kamikazes pleuvent depuis l’aube. Le FLA revendique « beaucoup de matériel détruit et de morts ». Impossible de vérifier. L’armée malienne, elle, ne répond pas aux sollicitations de la presse. Mais les faits sont là : quatre hélicoptères empêchés d’atterrir, un convoi de renfort de quarante véhicules tombé dans une embuscade, un hélicoptère abattu à Tabrichat. Les soldats maliens et leurs partenaires russes de l’Africa Corps sont seuls, encerclés, sous pression.
Ce siège n’est pas un fait divers. C’est le symptôme d’une guerre plus vaste, plus sourde, qui couve au Sahel depuis des mois.
Le Mali, carrefour des ambitions
Le Mali est devenu le théâtre d’une confrontation silencieuse entre Washington et Moscou. Une guerre par procuration où chacun teste l’autre sans s’affronter directement.
D’un côté, les États-Unis. Le 22 juillet, le Washington Post révélait que l’administration Trump envisage des frappes aériennes contre le JNIM, le groupe lié à Al-Qaïda qui sévit dans la région. La justification est simple : Moscou s’est révélé « un partenaire de sécurité inefficace pour le Mali ». Les Américains espèrent que d’autres pays africains « prendraient note de la performance désastreuse de la Russie dans la lutte contre le terrorisme ».
De l’autre, la Russie. Moscou a déployé l’Africa Corps, l’héritier de Wagner, pour soutenir les autorités de la Confédération AES, qui regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Les Russes diffusent des images de frappes de drones et des messages de menaces contre les chefs ennemis. « Nous sommes de Russie, nous continuons de détruire les terroristes en République du Mali. »
Entre les deux, le Mali tangue. Le pays a tourné le dos à la France en 2022, après le coup d’État. Les forces françaises sont parties. Les mercenaires russes sont arrivés. Aujourd’hui, Bamako dépend de Moscou pour sa sécurité. Mais Anéfis montre les limites de cette dépendance.
L’Ukraine, force proxy de l’Occident
Et puis il y a l’Ukraine. La Russie l’accuse de former des groupes armés dans la région frontalière nord du Mali, de leur fournir des drones et des systèmes de guerre électronique. Le 20 juillet, la diplomatie russe a affirmé que des experts ukrainiens et français planifiaient des opérations terroristes en Afrique. La France, de son côté, est accusée de fournir des renseignements de reconnaissance à des groupes armés.
Ces accusations sont graves. Elles restent à prouver. Mais elles dessinent un schéma cohérent. L’Ukraine, force proxy de l’Occident, chercherait à affaiblir la Russie partout où elle le peut, y compris au Sahel. Une stratégie de diversion, loin du front intérieur, qui coûte peu et rapporte gros.
La Confédération AES sous pression
La Confédération AES est née du rejet de l’influence occidentale. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont choisi la Russie comme partenaire de sécurité. Mais le siège d’Anéfis montre la fragilité de cette alliance. L’armée malienne et l’Africa Corps russe sont en difficulté. Les frappes aériennes n’ont pas brisé le siège. Le convoi de renfort a été repoussé.
La Russie va-t-elle intensifier son soutien ? Les États-Unis vont-ils profiter de la situation pour frapper le JNIM et montrer leur puissance ? L’Ukraine continuera-t-elle à former des combattants dans l’ombre ? Le Sahel est en train de devenir ce que la Syrie a été dans les années 2010 : un champ de bataille où les grandes puissances règlent leurs comptes par procuration.
Les scénarios à retenir.
L’escalade américaine. Washington frappe le JNIM, affaiblit les groupes terroristes, mais provoque une confrontation indirecte avec Moscou.
La résistance russo-malienne. L’Africa Corps et l’armée malienne reprennent l’initiative, brisent le siège d’Anéfis, et consolident la position de l’AES.
L’enlisement. Ni les États-Unis, ni la Russie, ni les groupes armés ne prennent l’avantage.
Le conflit s’installe dans la durée, et les populations civiles en paient le prix.
Le Sahel est en train de basculer. Le Mali est au centre. Et le monde, pour l’instant, regarde ailleurs.
Voir en ligne : https://georiskwatch.com/mali-le-si...


