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Comprendre la politique du Venezuela depuis l’agression des États-Unis
samedi 13 juin 2026 par Mission Verdad
La réalité vénézuélienne née de l’enlèvement du Président Maduro et de la députée Cilia Flores, après un combat inégal qui a fait plus de cent victimes, se refuse à toute interprétation hâtive ou moralisatrice. Il s’agit d’un scénario ouvert de survie étatique où le pouvoir, la coercition et l’adaptation pragmatique redéfinissent les règles du jeu.
La théorie politique de Hans Morgenthau offre un cadre d’analyse intéressant qui reconnaît « la portée morale de l’action politique » mais considère que « les principes moraux ne peuvent être pris en compte pour comprendre les relations entre les États. Ils changent dans le temps et dans l’espace : les États agissent toujours en fonction du principe moral suprême de survie nationale. ».
États-Unis : de la pression maximale à la position transactionnelle
Entre 2014 et 2026, Washington a appliqué au Venezuela un processus structuré d’étranglement économique, d’intensité variable. Cependant, dès 2025, ce modèle d’étranglement a pris une dimension concrète : un blocus naval de facto, un déploiement militaire dans les Caraïbes et une opération sans précédent comprenant l’enlèvement et le transfert du président Nicolás Maduro aux États-Unis.
La menace a pris une dimension bien supérieure à celle de la décennie précédente, qui avait déjà fait des milliers de victimes en raison de l’effondrement des services publics et provoqué une migration économique massive.
La matérialisation militaire a radicalement bouleversé les prévisions des années précédentes.
La logique de la « pression maximale » s’est traduite par la criminalisation des dirigeants chavistes, affublés d’étiquettes telles que « chef du Cartel de los Soles » ou du « Tren de Aragua ». Depuis le décret d’Obama, la caractérisation du Venezuela comme « menace hémisphérique » construisant un récit qui légitimait, même dans son cadre unipolaire, un siège multidimensionnel.
Mais les événements du 3 janvier ont constitué l’intervention militaire la plus brutale dans la région depuis un siècle, tant par son échelle que par la technologie déployées. Le Venezuela a été tactiquement surclassé. Washington a d’abord informé directement le gouvernement vénézuélien du décès du président Maduro et lui a présenté un dilemme simple : négocier ou s’exposer à l’anéantissement institutionnel.
Delcy Rodríguez, Jorge Rodríguez, Vladimir Padrino López et Diosdado Cabello se sont déclarés prêts à subir le même sort, mais la confirmation que Maduro était vivant a ouvert la voie à la négociation.
Depuis, le discours criminalisant le gouvernement vénézuélien s’est estompé. Washington négocie désormais avec les mêmes acteurs qu’il qualifiait de « narcoterroristes » il y a quelques mois.
Dans les faits, les États-Unis ont abandonné leur propre rhétorique et reconnaissent le chavisme comme une réalité objective ; ils le présentent même comme un exemple de gestion politique réussie. Le pétrole vénézuélien, auparavant immobilisé dans les zones de mouillage, afflue à nouveau vers les États-Unis et d’autres marchés, contribuant ainsi à stabiliser un contexte mondial bouleversé par la guerre contre l’Iran et le conflit pour le contrôle du détroit d’Ormuz.
Il n’y a pas eu de changement de régime, bien que Washington ait réitéré son « souhait d’un changement de régime », deux concepts qui ne sont pas synonymes.
Pour l’administration Trump, le contrôle des hydrocarbures vénézuéliens poursuit un triple objectif : influencer la nouvelle orientation politique à Caracas, obtenir des gains économiques concrets et moduler la réaction des puissances extra-hémisphériques restées dans une position réactive depuis janvier.
Loin de favoriser une transition démocratique classique, un système de contrôle stratégique se met en place, où l’accès au pétrole brut, son exploitation et sa commercialisation constituent le principal instrument de pression politique. Les déclarations triomphalistes de Trump sur le Venezuela (comme sur l’Iran) sont essentiellement de la démagogie : elles visent sa base électorale, qui craignait un « nouvel Irak » dans les Caraïbes, mais pas la population vénézuélienne. Le président instrumentalise ce cas pour faire croire à sa « réussite permanente » en matière de politique étrangère.
La Maison-Blanche estime probablement qu’une intervention directe plus poussée mettrait en péril le statu quo. Une occupation ou une administration directe serait coûteuse et politiquement intenable. Elle préfère donc manœuvrer de manière conjoncturelle et maintenir une forme de pression à travers les « licences temporaires conditionnées » qui, malheureusement pour le Venezuela, subordonnent cette partie du commerce extérieur au Trésor états-unien, qui joue le rôle d’intermédiaire et de superviseur des flux de ressources.[…]
Traduction : Thierry Deronne
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