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Hommage à mama Winnie Mandela

samedi 2 mai 2020 par Diagne Fodé Roland

Née Nomzamo Winifred Zanyanyiwe Madikizela, la ’’Mama de la Nation’’ comme l’appelle affectueusement la jeunesse sud-africaine, est décédée à 81 ans ce 2 avril 2018.
Winnie Mandela est une des trois symboles féminines de la forme particulière de la lutte de libération nationale qu’est le combat anti-apartheid avec Myriam Makeba (nom complet Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama) décédée le 9 novembre 2008 et Dulcie Evonne September, représentatne de l’ANC assassinée en toute impunité à Paris le 29 mars 1988.

Elle fut tout le long du combat anti-apartheid, non seulement l’épouse de Nelson Mandela emprisonné, mais une militante dirigeante de l’ANC qui fut harcelée, brutalisée, violentée, emprisonnée à trois reprises avec de longues périodes d’isolement total, torturée, bannie, espionnée.

L’objectif de cet acharnement répressif du pouvoir raciste contre elle était notamment de faire flancher son époux, mais c’est justement sa résistance et celle de la force montante de l’ANC et du Parti Communiste sud-africain qui fit connaître Nelson Mandela comme ’’le plus célèbre prisonnier politique du monde".

En tant que militante responsable, Winnie Mandela va développer sa propre opinion critique sur les concessions dans les négociations qui vont aboutir à la suppression de l’apartheid politique avec l’adoption du principe un humain = une voix et l’exercice du pouvoir par l’ANC.

Sans jamais rompre avec l’ANC, elle a exercé son droit militant à la critique en exposant clairement ses divergences avec Nelson Mandela et la direction de l’ANC. C’est cela qui est à l’origine de la "mauvaise presse" qui lui est fabriquée les médias impérialistes et des néocolonies, notamment en Afrique. Mais voyez vous même ce qu’elle en dit dans son interview par le journal Jeune Afrique du 27 septembre 2017 :

- Sur ses divergences avec Mandela :

"Mandela et moi avons eu de nombreux désaccords. Dès le départ, lui et ses proches ont commis des erreurs dans les négociations avec le pouvoir blanc, dont nous payons aujourd’hui le prix. Par exemple, le problème des terres. Au nom de quoi devrions-nous payer pour racheter ce qui nous a été arraché par la force ? Et avec quel argent ? Le capital reste entre les mains de la minorité blanche. Rien n’a changé. Autre erreur, l’élection du Parlement au scrutin proportionnel, dans l’unique but de garantir une représentation à cette même minorité. C’est un système pervers qui ne permet pas au peuple de contrôler ses élus, mais qui permet à ces derniers d’agir en toute impunité. Nous devons changer la Constitution’’.

- Sur Mugabé, cet autre pestiféré pour avoir osé redistribuer les terres aux paysans noirs du Zimbabwe parce que toutes les promesses des parrains impérialistes (Angleterre, USA, etc) se révélaient être des mensonges :

"Écoutez, à l’époque de l’apartheid, alors que nous luttions contre un appareil répressif raciste, vicieux, meurtrier, Robert Mugabe et la Zanu-PF ont été parmi les rares à nous offrir aide et protection, alors que les Occidentaux qui les vilipendent aujourd’hui collaboraient avec le régime blanc. Robert Mugabe est un vieil ami, et vous ne m’entendrez pas dire du mal de lui. Je me l’interdis. Cela vaut aussi pour Mouammar Kadhafi, et pour tous ceux qui nous ont aidés".

- Sur la corruption de dirigeants de l’ANC à l’épreuve du pouvoir  :

"Qui peut nier que l’ANC connaît de sérieux problèmes en ce moment ? Il n’a jamais été aussi affaibli, aussi attaqué, aussi critiqué. Nous vivons l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de notre parti. L’ANC n’est pas parvenu à réussir sa mue, du mouvement de libération qu’il fut, avec tous ses rêves, en parti de gouvernement. Les politiques définies sont les bonnes, mais nous sommes incapables de les mettre en œuvre. Chaque semaine, tel ou tel de nos leaders fait l’objet d’accusations, souvent fondées, de corruption. La corruption, c’est le maillon faible de l’ANC, et nos militants de base paient le prix de la mauvaise réputation de leurs chefs. Nous en sommes arrivés au point où l’on exige la démission de notre président pour faits de corruption. Notre Constitution, hélas, ne permet pas au peuple de se débarrasser de ce type d’individus dès lors qu’ils sortent du droit chemin. C’est tragique’’.

- Sur les accusations de corruption du président Jacob Zuma :

"L’opposition évoque 783 chefs d’inculpation pour corruption, mais il ne peut être poursuivi tant qu’il est président en exercice. Il les réfute, et pour ma part je n’en sais que ce qu’en disent les médias. Cela dit, tous les responsables dont la corruption est de notoriété publique doivent se préparer à affronter les tribunaux un jour ou l’autre, que les accusations soient fondées ou non. Une chose est claire : il est plus que temps de changer de leadership si nous voulons continuer à gouverner ce pays. L’ANC a besoin de sang nouveau pour mener l’Afrique du Sud sur le chemin de la liberté".

- Sur la vision de la corruption en Afrique véhiculée par les impérialistes occidentaux :

"Non. Je ne partage pas cette analyse. C’est ainsi que les Occidentaux nous voient, mais ils ont tort. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle définition de la démocratie pour l’Afrique, laquelle doit inclure la nécessité pour nos dirigeants de quitter le pouvoir quand le moment est venu. Le fait de s’accrocher au pouvoir au-delà du raisonnable est l’une des faiblesses de notre continent. La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, et la possibilité d’une régénération et d’une transfusion régulières. Cela n’a rien à voir avec une quelconque maladie infantile dont seraient atteints les mouvements de libération’’.

- Sur le concept de "nation arc-en-ciel"  :

"Non. D’abord parce que les couleurs de l’arc-en-ciel ne se mélangent pas et qu’il n’existe parmi elles ni la couleur noire ni la blanche. La comparaison n’a donc pas de sens. Ensuite parce qu’il s’agit depuis le début d’un mythe total auquel les dirigeants de l’époque ont voulu nous faire croire. C’était un vœu pieux qui n’a jamais correspondu à la moindre réalité. La réconciliation n’a été qu’une façade ; nous ne sommes pas libres car nous n’avons pas la liberté économique. Par ailleurs, nos gouvernants n’ont jamais eu le courage d’affronter la question du racisme. Or les incidents où les Noirs sont traités comme des esclaves, comme des animaux, avec des insultes comme ’singes’ ou ’négros’ se multiplient. J’ai parfois l’impression que nous sommes en train de revenir à l’époque de l’apartheid, c’est extrêmement inquiétant. Il faut impérativement revisiter notre passé et corriger nos erreurs. L’ANC doit retrouver sa gloire et son éclat d’antan, sinon nous courons à la catastrophe. Mon seul regret est d’être obligée de continuer le combat ; l’Afrique du Sud de Mandela a toujours été une fiction, je vis là où Nelson m’a laissée en 1961".

- Sur le "pardon" et les travaux de la "commission vérité et réconciliation" :

"Je crois, oui. On ne peut pas continuer à vivre si l’on n’a pas, dans une certaine mesure, pardonné à ceux qui nous ont fait tant de mal, à nous et à notre peuple. Dans le cas contraire, je n’aurais tout simplement pas survécu et je ne vois pas comment je pourrais apprendre à mes petits-enfants à vivre dans un monde normal. Mais ce pardon est un combat de tous les instants, sans cesse renouvelé. Chaque fois que j’ouvre un journal et que je lis, par exemple, qu’un fermier blanc a abattu un enfant noir de 7 ans qui courait dans son champ, avant de s’expliquer en disant qu’il l’avait confondu avec un babouin, ou que deux autres fermiers ont enfermé un ouvrier noir dans un cercueil pour le punir, mon pardon est mis à rude épreuve. À en juger par la multiplication des incidents raciaux, je me demande quelle a été son utilité. Je vis à Soweto, un township créé par le régime d’apartheid pour parquer les Noirs. Un quart de siècle après l’abolition de l’apartheid, il n’y a toujours pas un seul Blanc à Soweto. Les seuls que nous voyons sont des touristes. Où est le changement ? Pour vous rencontrer dans un endroit décent, je suis obligée de quitter le ghetto où je vis. J’aurais pu déménager, c’est vrai, pour habiter dans un quartier blanc. Mais j’ai décidé de rester à Soweto en tant que conscience de mon peuple, pour partager sa vie et son environnement. Sous bien des aspects, l’Afrique du Sud d’aujourd’hui reste le domaine de la minorité blanche".

- Sur le sens de son combat post-apartheid politique  :

"Absolument. Me battre pour la libération de mon peuple a été et reste pour moi une source puissante de bonheur. Il n’y a aucune cause supérieure à celle-là. Mon seul regret est d’être obligée de continuer ce combat. L’Afrique du Sud de Mandela a toujours été une fiction. Je vis là où Nelson m’a laissée, un jour de 1961, alors que si les mots de réconciliation et d’intégration avaient le moindre contenu ici, en Afrique du Sud, Soweto n’existerait plus. Pour le reste, je n’ai aucun remords. Je vivrais cent fois la même vie s’il le fallait".

Winnie qui a toujours vécu dans le bidonville de Soweto livre ici ce qu’on peut considérer comme son testament politique dont la simple lecture démasque tous les mensonges ouverts ou insidieux distillés par les médiamensonges pour la salir.
Honte à cette forfaiture diffamante.

Les damnés de la terre des townships, les paysans sans terre, les ouvriers exploités à l’instar des victimes du massacre de Marikana, les femmes du mouvement national, les discriminés qui subissent l’apartheid économique et social de la minorité blanche, les démocrates anti-racistes blancs, les communistes pleurent la "Mama de la nation" et vont devoir s’attaquer à la seconde étape de la libération nationale qui est celle de la suppression de l’apartheid économique et social après avoir obtenu la suppression de l’apartheid politique.

C’est avant tout cela le message laissé par Winnie Nomzamo Winifred Zanyanyiwe Madikizela.

   

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