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Dis moi comment tu te confines et je te dirais à quelle classe sociale tu appartiens

jeudi 19 mars 2020 par Selim

Dans les reportages ou sur Twitter, on a la fausse impression que le confinement serait le même pour toutes et tous : on se demande comment s’occuper, s’il faut rebrancher nos playstations, comment se partager les derniers livres anarchistes ou de vieux romans, avec ce souci de bien afficher nos goûts et nos préférences sur les réseaux sociaux, cela va de soi. Or, nous ne sommes évidemment pas toutes et tous égaux devant le confinement, et voici pourquoi.

Qui dit confinement, dit avoir un toit : c’est la base. Les étrangers sans papiers sont emprisonnés dans des centres de rétention administratives aux conditions sanitaires extrêmement mauvaises, et de nombreuses et de nombreux sans-abri qui se plaignent d’être oubliés et de ne pas recevoir de consignes claires.

Des logements insalubres, vétustes ou trop petits en HLM par exemple, dans lesquels des familles se retrouvent entassées, il faudra pour certaines et certains devoir malheureusement s’y habituer pendant plusieurs semaines. Quitte à renforcer certaines tensions dans ces logements entre les occupantes et occupants et renforcer la transmission du virus par des contacts rapprochés même involontaires, notamment lorsqu’il y a plusieurs enfants sous le même toit.

Qui dit confinement, dit pouvoir aller à la campagne trankilou dans sa résidence secondaire avec un beau jardin pour prendre l’air, et accessoirement propager un peu plus le virus dans les régions. Il faut tout de même le préciser, car une décision n’est jamais évidente dans ces moments-là, certaines et certains pensent y aller également afin de désengorger les hôpitaux parisiens ou aider leur proches âgés qui ne peuvent pas s’aider par eux-mêmes, notamment pour faire de simples courses.

Les médias et Twitter se focalisent sur les marchés des quartiers populaires comme à Barbes depuis plusieurs jours, comme quoi ils seraient “irresponsables”, sans préciser pour autant que ces mêmes marchés permettent souvent de payer des vivres à moindre coût. Et, au passage, de l’arrogance policière et du flicage habituel dans ces mêmes quartiers peuplés de personnes racisées, car bien plus animalisées et méprisées que des bourgeois qui font leurs courses au Bon Marché ou qui s’allongent dans l’herbe des parcs ensoleillés, comme le montre cette vidéo :

Qui dit confinement, dit de devoir débourser de grosses sommes d’argent en courses au supermarché, ce qui n’est évidemment pas donné à tout le monde. Nous arrivons bientôt à la fin du mois et pour beaucoup d’entre nous, il a fallu demander à des proches de pouvoir débourser ces sommes ou de s’endetter auprès des banques privées, dans un contexte bancaire particulièrement alarmant. Il s’agit également de devoir payer souvent par chèque, liquide ou grâce à une poignée de réductions dans les grandes surfaces afin de retarder l’encaissement à la banque, véritable outil de propagation du virus par simple touché, contrairement à sa propre carte bancaire.

Qui dit confinement, dit pour de nombreuses femmes battues par leur conjoint, de ne trouver aucun échappatoire à leurs souffrances quotidiennes, aucun répit. Le seul sera peut-être de justifier un jogging via l’attestation, mais hélas rien de plus. De même que des problèmes d’alcoolisme ou de d’autres dépendances pourraient se révéler dans les jours qui viennent extrêmement problématiques, ce qui pourrait avoir un impact sur des enfants déjà en difficultés face à leur scolarité à distance.

Qui dit confinement, dit bénéficier d’une bonne connexion internet afin de contacter souvent ses proches et pouvoir ainsi se rassurer et les rassurer davantage. Notamment pour les personnes plus âgées qui connaissent plus de difficultés à pouvoir se connecter et appréhender des outils numériques parfois complexes et peu adaptés. Il s’agit également de bénéficier de bonnes imprimantes efficaces et de l’encre coûteux afin d’imprimer les attestations de déplacement, et les remplir correctement.

Qui dit confinement, dit avoir la chance de se préoccuper du temps qui passe, de “penser” et se la jouer en mode introspection personnelle, et de poster des publications Facebook d’extraits de La Peste d’Albert Camus ou des ses prochaines lectures en cours (et de se plaindre que des livreurs exploités ne puissent plus nous en livrer, dans le pire des cas). Or, tout le monde n’est pas sensible aux discours d’intellos parisiens qui consistent à se dire : “On ne peut pas s’ennuyer, il y-a tellement à faire : lire, écrire … penser !”, surtout quand nos préoccupations principales sont beaucoup plus matérielles et concrètes, comme expliqué précédemment.
L’oisiveté bourgeoise fantasmée et rêvée est à son comble, émue de pouvoir afficher sa distinction culturelle et sociale sur Twitter, ses occupations, souvent bien moins touchées par des risques sanitaires et les incertitudes post confinement, tel que le retour au travail (dans le meilleur des cas).

Quarantaine à deux vitesses : repos et loisir pour les uns, précarité et risque sanitaire pour les autres.

Qui dit confinement, dit possibilité de pouvoir se confiner alors que d’autres sont contraints d’aller travailler et de prendre des risques, puis se taper la contrainte de rester enfermer le week-end. Car nombreuses et nombreux sont ceux qui ne peuvent pas télétravailler comme tout bon cadre parisien qui se respecte, notamment les ouvrières, ouvrier et employé(e)s et les professions les plus précarisées, comme les livreurs Deliveroo par exemple que commandent encore certains cadres (les intérimaires sont la plupart du temps virés d’office, c’est plus simple). Ils se retrouvent en rapport de force face à leurs employeurs qui peuvent user de combines, et nous avons expliqué la marche à suivre et quels sont vos droits si vous souhaitez arrêter de travailler. Leurs salaires ne sont déjà pas énormes, l’incertitude et le doute rongera un peu plus les moins aisés et les plus pauvres quant aux jours qui suivent, et de fait plus perméables à des dépressions, des doutes, des difficultés psychologiques et des engueulades de couple.

Le confinement peut faire ressortir le meilleure d’entre nous toutes et tous : de la solidarité, une proximité familiale, de l’aide inter-générationnelle … Il n’empêche qu’il reste un violent rappel pour certaines et certains de leur classe sociale ou de leur appartenance géographique (les quartiers populaires, par exemple), et un important révélateur des inégalités que ne reflète pas forcément sa médiatisation, réseaux sociaux compris.

Une médiatisation qui se focalise pour l’essentielle sur un confinement à leur image, c’est-à-dire relativement bourgeois. Par conséquent, il a tendance à intensifier certaines problématiques sociale, familiales ou personnelles qui ne trouveront pas forcément d’issues très heureuses à la fin de ce confinement, au contraire.


Voir en ligne : https://www.frustrationmagazine.fr/...


Nous vous proposons cet article afin d’élargir notre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici.

   

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